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Par Liliane Février 2024

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LE CARMEL 2

Les terribles inondations de 1840 et 1856 obligent la communauté à de grands travaux de reconstruction et de protection des lieux.

 

En 1914, six sœurs réfugiées du carmel de Pontoise se joignent aux Carmélites d’Avignon.

 

Eugénie Cousin, en religion Sœur Marie-Thérèse du Sacré-Coeur, prieure d’Avignon, correspond avec de nombreux théologiens, philosophes et mystiques telle Marie-Antoinette de Geuser, dite Consummata, exemple même de la spiritualité carmélite. La clôture et la vie contemplative, loin de retrancher du monde selon l’opinion commune, peuvent devenir des instruments de rayonnement et d’action efficaces.

 

Pendant la guerre civile espagnole, Avignon accueille les carmélites de Boadillante del Monte. Durant la seconde Guerre mondiale, le monastère ferme à cause des bombardements sur la gare proche. Les sœurs trouvent refuge au carmel de Carpentras puis près de Venasque.

En 1983, trois religieuses trouvent la mort dans un accident de voiture de retour d’un séminaire, un profond traumatisme pour la communauté d’Avignon.

La vie quotidienne

La vie au Carmel est d’une grande régularité, avec un emploi du temps très plein et morcelé, qui permet de « mieux rester en présence du Seigneur ». On ne travaille pas le dimanche et les jours de solennités.

Chaque matin, la communauté se retrouve pour une heure d’oraison silencieuse avant d’aller chanter les laudes à la chapelle. Puis c’est la célébration eucharistique. Les temps de prière sont d’environ 7h par jour.

Après le petit déjeuner, chaque sœur accomplit le travail qui lui est confié, généralement en solitude et en silence. Il peut arriver de travailler ensemble selon les besoins.

A 12h15, la communauté se réunit à la chapelle pour l’office du milieu du jour (sexte) puis au réfectoire. Le repas est pris en silence ; l’une des soeurs fait la lecture d’articles de journaux, de témoignages, de vies de saints ou de texte biblique qui favorise la communion avec Dieu et le reste du monde. « Il est important de savoir ce qui se passe à l’extérieur afin de participer par la prière aux joies et aux souffrances des hommes, des femmes et des enfants de notre temps. »

Le réfectoire

Le repas est simple et sobre. On ne mange jamais de viande. Chacune reçoit de la serveuse sa portion, comme un don, sans juger ce qui est présenté comme bon ou mauvais. Elle mange ensuite les yeux baissés dirigés devant elle, sans regarder les autres.

Après le repas, chacune prend un moment personnel de repos ou de détente. Puis vient une heure de lecture. A 15h, après avoir dit l’office de none, elles retournent à leur travail d’artisanat mais sont également au service de la communauté par leur emploi à la cuisine, au réfectoire, au ménage, au jardin, à l’infirmerie, à la bibliothèque, aux archives, à la liturgie...
Les Vêpres sonnent à 17h30 et toute la communauté se rassemble pour la deuxième heure d’oraison de la journée. A 19h, c’est la récitation de l’Angélus puis le dîner.

Après la vaisselle, toutes se retrouvent en salle de communauté pour un temps de partage : se détendre, confier ses peines, écouter des nouvelles des familles et des amis, échanger sur un sujet d’actualité, rire, broder, tricoter, repriser... Les deux derniers moments de la journée sont les offices et complies (psaumes, hymnes, courts passages bibliques). Elles se retirent ensuite dans leur chambre. Le monastère est alors plongé dans le silence.

 

Les fêtes liturgiques ou communautaires - du monastère, de la prieure, jubilés des sœurs, etc. - qui rompent la grande régularité et égayent l’austérité des jours ordinaires, sont célébrées au chœur, au réfectoire de façon plus festive, avec lectures de poésies ou pièces de théâtres créées par une sœur. Les salles peuvent être décorées, les repas améliorés.

«Ce qui importe n’est pas l’emploi lui-même mais que, quoique nous fassions, nous le fassions pour Jésus».

Et maintenant ?

Ces dernières années, les Carmélites d'Avignon n’étaient  plus que trois à occuper les presque 14000 m²  des lieux : sœur Marcelle, la prieure de la communauté, sœur Anne et sœur Marie-Josée, toutes âgées et de santé fragile. Avec des factures considérables de fioul… Elles ont donc été obligées de vendre en 2022 et de partir au carmel de Montpellier. « C’est très dur de partir » confie l’une d’elle qui vivait ici depuis 53 ans.

Cérémonie pour le départ des dernières Carmélites en 2022

De nos jours,  60% des religieuses, tous ordres confondus, ont plus de 85 ans. Abbayes, monastères, biens immobiliers des diocèses sont menacés d’abandon ou de destruction.

 

C’est pourquoi Oykos  (maison, patrimoine  en grec) « initiative d’écologie intégrale qui remet l’homme et la notion de vie en communauté au centre » s’est donné pour mission de sauvegarder les bâtiments religieux à l’origine en leur insufflant une nouvelle vie.

 

« Le projet du Carmel d’Avignon est un ambitieux projet aux dimensions multiples voulant accueillir une vie commune intergénérationnelle et des personnes défavorisées » et « développer des activités culturelles, notamment en lien avec le Festival d’Avignon, mais aussi des activités sociales : location à prix modéré de chambres d’étudiants et de studios pour seniors, restauration solidaire, exploitation d’un jardin potager, organisation d’évènements conviviaux ».

Le bâtiment principal sur trois niveaux, la chapelle et les dépendances ont une surface de 13885 m² et le parc planté de cèdres, platanes et marronniers, qui couvre 12000m², protégé par un haut mur d’enceinte infranchissable jusqu’à l’année dernière, a de quoi faire rêver.

L'ermitage dans le parc

Le lieu, désormais baptisé la Respelid, est maintenant régulièrement ouvert à la visite et il est assez difficile de se représenter la vie quotidienne des Carmélites d’autrefois, recluses volontaires, tout entières vouées au travail et à la prière. Selon le témoignage de l’une des dernières sœurs, elle aimait entendre le bruit des trains qui la reliait au monde extérieur… Elles ne communiquaient librement entre elles qu’une heure par jour, mais regardaient la télévision et écoutaient de la musique.

Quant aux moules et à la technique de fabrication des superbes santons de cire, ils ont été confiés à l’abbaye Notre-Dame de Bon-Secours de Blauvac.
 

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