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Par Liliane Octobre 2022

Le couvent des Célestins  2

  En 1401 Clément VII, mort en 1394 d'une crise d'apoplexie, est finalement inhumé aux Célestins, près de Pierre de Luxembourg comme il l’avait souhaité, accompagné de quatre cents torches. François de Conzié a conçu un fastueux mausolée de  marbre blanc décoré de statuettes de la Vierge et des Apôtres. Sur la dalle est couchée la statue, plus grande qu’il n’était, de Clément VII coiffé de la tiare et revêtu des ornements pontificaux, la tête reposant sur un coussin décoré des clefs, signe de la papauté, et des armoiries des comtes de Genève. Le mausolée est alors placé au pied du grand autel.

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A gauche, armes du pape Clément VII

A droite, armes de René d'Anjou

Tête de Clément VII,

vestige de son tombeau

Musée du Petit Palais

De nombreuses fondations dues au duc de Milan Jean-Galéas Visconti, au chancelier de Bourgogne Nicolas Rollin, au légat  François de Conzié, entre autres, enrichissent le couvent. Le roi René devient l’un des principaux bienfaiteurs: il crée des places pour douze religieux, fait don de quelques unes de ses nombreuses propriétés et d'un « morceau de la vraie croix » conservé dans une croix d'or de 15 livres enrichie de rubis à la place des clous, exposée sous une grille de fer dans une niche de l'abside. (Morceau qui se trouve actuellement dans une châsse du XIXème siècle au musée Condé de Chantilly)

Ses armes alternent avec celles de France et de Clément VII. Le maître autel se trouve alors au centre de l'abside, et contre la muraille on peut admirer le Portement de Croix, appelé aussi Notre-Dame-du-Spasme de Francesco Laurana, l’une des premières œuvres « Renaissance » en France, commandé par le roi René en 1481 au prix de 922 écus. Dont les Célestins devront régler le tiers, le roi étant décédé entretemps.

(Actuellement visible à l'église saint Didier)

Appelé jadis «  les images du roi René » ce bas-relief en marbre blanc et albâtre représente la quatrième station du chemin de croix. Marie tombe de douleur dans les bras de Jean et de Madeleine ; les saintes femmes se pressent autour d'elle. Le Christ chargé de sa croix est escorté de soldats ricanant armés de glaives et de bâtons. L'enseigne de Rome portant le monogramme du sénat et du peuple, S.P.Q.R, flotte au-dessus. Dans le lointain apparaît le temple de Jérusalem. Des vers latins donnent la date, 1481, et l'explication de l’œuvre. Deux statues l’encadrent, saint Pierre Célestin et Pierre de Luxembourg.

D’après l'historien Léon-Honoré Labande (1867-1939) un tableau intitulé La toile d'araignée ou Portrait de la mort, se trouvait dans une salle des Célestins : « De 19 pieds de haut sur 5 de large, il représentait un grand squelette debout, coëffé à l'antique, à moitié couvert de son suaire, dont les vers rongent le corps défiguré d'une manière affreuse ; sa bière est ouverte, appuyée debout contre une croix de cimetière et pleine de toiles d'araignées. » Selon la légende le roi aurait peint lui-même le portrait d'une de ses maîtresses défuntes. Une terrible vision qui impressionnait beaucoup, accompagnée d’un poème (extrait) :

 

 « Une fois fut toute femme belle,

Mais par la mort suis devenue telle,

Ma chair était très belle fraîche et tendre,

Or, est-elle toute tournée en cendre. »

A la troisième travée, un placage à pilastres et entablement corinthiens contraste avec les ornementations ogivales du reste de la nef. Les nefs communiquent entre elles par des arceaux ouverts ; seuls ceux du chœur des religieux sont fermés par une claire voie de trois mètres de hauteur.

Une partie isolée de l'église permet aux novices de prier dans la solitude, loin des fidèles.

Les tombeaux des aristocrates ayant le privilège d’être inhumés à l’intérieur sont nombreux et somptueux : entre autres celui de Conzié, archevêque de Narbonne et camerlingue, mort en 1432 ; du jurisconsulte Guillaume Maynier, comte d'Oppède, et de Jeanne de Forbin-Lafare, son épouse, bienfaiteurs du monastère ; celui de Jean Bohier, seigneur des Fontaines, mort en 1622, conseiller du roi Henri IV ; celui de Gabrielle de Brancas, marquise de Tourves et de Valbelle, sculpté en 1733, la représente voilée et pleurant sur un cénotaphe. 

En 1658, les Célestins se décident à déplacer l’encombrant monument funéraire de Clément VII au milieu du chœur. Ils font détruire le portail du cloître et celui, gothique, de l'entrée nord de l'église, pour le remplacer par un portail d'inspiration gréco-romaine. Le fils de Royers de la Valfenière dirige les travaux ainsi que la construction d'une vaste et richissime bibliothèque le long de la rue saint Michel.

Deux arches du pont saint Bénézet s’étant écroulées, en 1674 il est décidé de transporter aux Célestins les restes du jeune berger inhumé dans la petite chapelle du pont depuis 1184, ce qui a lieu avec le concours d’une foule énorme. Quelques années plus tard, Jean Péru élève dans la chapelle d'Orléans un monument pour abriter les reliques. Enfin Pierre II Mignard aménage l'aile des hôtes du couvent, dotée d’un superbe escalier orné de bas-reliefs.

Monument et statue de Benézet par Jean Péru.

(Actuellement visibles à l'église saint Didier)

En 1750, Jean Baptiste II Péru réalise un nouveau maître-autel de style baroque, en marbre polychrome (transporté à l'église saint Didier après la Révolution)

La chapelle de bois couvrant la tombe de Pierre de Luxembourg est remplacée par une vraie construction en 1425, adossée à la chapelle de Tous les Saints dite saint Michel,  formant une crypte semi-souterraine sur la sépulture miraculeuse.

 

En 1597, le maître-autel est remplacé par un autel monumental de style renaissance contrastant avec le gothique de la nef. Surélevé de quatre mètres, surmonté d'une voûte à caissons soutenue par quatre colonnes à chapiteau corinthien, on y accède par un double escalier au milieu duquel s’ouvre une petite chapelle à demi souterraine où se trouvent les reliques de Pierre de Luxembourg, éclairées nuit et jour par treize lampes d'argent dont l'entretien a été fondé par son frère Waléran et sa sœur Jeanne. D’autres tombes de sa famille s’y trouvent, dont celle de son neveu, Jean de Luxembourg, accusé d'avoir livré Jeanne d'Arc aux Anglais.

En 1625, François Royers de la Valfrenière élève un mausolée au-dessus de la tombe de Pierre de Luxembourg, à l’aspect d'une « confession à la Romaine surmontée de tribunes ouvertes de baies géminées ». L’architecte lui-même sera enterré au pied de l'escalier menant à l’autel. 

Plusieurs tombeaux se trouvent également dans l’église. Deux travées supplémentaires rejoignent le transept de l'église des Célestins.

Reliques de Pierre de Luxembourg

(Actuellement à l'église saint Didier)