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Visite de la partie protestante du cimetière saint Véran

 

sous la conduite de M. Maynegre, le 10 octobre 2020

 

 

 

Origine du cimetière

      Un cimetière destiné aux morts de la peste avait été crée dans le quartier actuel de Champfleury. Peu à peu abandonné, il fut réaménagé sous le nom de saint Roch, mais était sujet aux crues du Rhône, mal entretenu et rapidement trop exigu. La ville acheta alors un vaste terrain  appelé saint Lazare, et les premières inhumations eurent lieu en 1822. Une campagne d’exhumations permit de transférer les restes des défunts depuis saint Roch en 1824.

Le cimetière prit de nom de saint Veran,  d’après le quartier où s’était trouvé un monastère de Bénédictines de saint Veran, détruit par les troupes de François Ier en 1536.

 

Sa surface, d’abord exigüe, fut agrandie, l’entrée monumentale flanquée de deux pavillons orné d’acrotères sous la forme de masque tragiques provenant de tombes de Vaison la Romaine ; le sol fut surélevé et divisé en carrés de 1 à 16. Le pourtour fut réservé aux concessions perpétuelles qui devaient s’y apposer pour servir de contreforts et éviter que les murs ne s’effondrent en cas d’inondation ou de vent violent.

 

Aujourd'hui le cimetière s’étend sur 14 hectares et abrite 12 000 sépultures au milieu d’arbres centenaires aux multiples essences méditerranéennes.

 

Une citation de Maurice Barrès est gravée à l’entrée : “Ce cimetière vu en juin est l’un des plus beaux que j’ai visité, plein d’oiseaux, de soleil, d’ombrages épais, de profondes verdures et d’une variété d’arbres où j’admirai les pins maritimes mêlés aux pins d’Alep, étreints de lierres vigoureux et d’immobiles cyprès. Quel repos, quelle paix."

A l'entrée, la chouette symbolise la mort et la sagesse,

et le sablier, le temps.

Les acrotères proviennent de Vaison la Romaine

Avignon fut longtemps réticente à accepter les Protestants dans son cimetière ; un projet fut abandonné en 1837, mais l’usage se fit de les regrouper dans les carrés 11 et 12.

 

C’est cette partie du cimetière que nous avons  visitée, guidés par  l’érudition de   M. Maynègre.

Il nous fait remarquer une ancienne pompe à eau fabriquée par les fonderies Perre, très importantes au XIXème siècle, d’une famille apparentée aux Pierron qui avaient été propriétaires du premier hôtel de l’Europe place Crillon.      

 

Si beaucoup de tombes sont protestantes, en particulier celles des nombreux Anglais installés depuis longtemps à Avignon, elles sont mêlées aux sépultures catholiques.

Parmi les anecdotes passionnantes relatées par M. Maynegre, se trouve celle concernant la tombe de la famille Baroncelli-Javon, où est accrochée la cocarde créée par le marquis Folco de Baroncelli pour ses manades dans son mas de Simbeù en Camargue, qui fut dynamité par les Allemands en 1944. En 1951, les cendres du marquis, mort en 1943, seront transférées avec beaucoup de solennité et d’émotion dans un tombeau très sobre construit avec les pierres du mas par les habitants des Saintes.

Le poète Théodore Aubanel, mort en 1886, repose dans une tombe très sobre, tandis que le peintre Manivet, mort en 1930, avait choisi un tombeau anonyme (ci-contre).

La tombe de forme inhabituelle, triangulaire, peut-être en référence aux Francs-Maçons, est celle de l’architecte Emile Vaudremer (1829-1914), auteur de très nombreux bâtiments en France, et de son épouse Anaïse Hardrel décédée en 1922.

Tombe de la famille Arlaud

Une statue de saint Jean Baptiste orne le tombeau de la famille Fabre Pontier, œuvre du sculpteur Cournaud qui réalisé aussi les draperies sur les côtés.

Eugène Pascal fut un architecte qui travailla à Avignon et en particulier au tombeau de John Stuart Mill. En 1861 il fit le plan du Jardin des Plantes, participa à l’aménagement du Rocher des Doms où il réalisa la montée en zigzag. Il perdit en l’espace de trois ans son épouse et ses deux enfants. Sur sa pierre tombale ont été sculptés par Jean-Barnabé Amy les profils de son fils Gabriel décédé en 1876 et de sa fille Thérèse en 1877.

L’imposant monument funéraire de la famille Florent rappelle l’une des plus importantes entreprises industrielles d'Avignon, fondée en 1859 par Félicien Florent. Outre les pastilles et bonbons à la célèbre réglisse, d’autres furent parfumées à la menthe, à la vanille ou à l'anis. Félicien et son fils Paul, pour faciliter la vie des ouvrières, créèrent une ligne de transports par carrioles et des dortoirs sur place. L'entreprise, reprise par le gendre A. Poirson de Paul Florent, connut un bel essor au XXème siècle. Suite à sa fusion avec le groupe Ricqlès-Zan, l’usine ferma en 1975 mais les bâtiments sont toujours debout à Cantarel.

Une femme aussi remarquable que méconnue, Dorothea von Rodde-Schlözer, est enterrée ici.

 

Elle fut la première femme docteur en philosophie, rivale de Mme de Staël qui la surnommait "la grosse Allemande". Eduquée de façon intensive et expérimentale par son père, elle parlait neuf langues, maîtrisait la botanique, la zoologie, l’optique, la minéralogie, la théosophie, les mathématiques, l’architecture, la logique et la métaphysique, la géographie et la littérature classique. Elle pratiquait en outre le piano, le chant, la couture, la cuisine, sans oublier la peinture. Elle épousa un riche marchand de Lübeck, eut trois enfants, et vécut longtemps dans un ménage à trois avec l’écrivain français Charles Villers. Mais son mari ruiné tomba dans la sénilité, deux de ses enfants moururent et elle-même malade se réfugia à Avignon avec sa fille survivante. Elle y mourut en 1825, âgée de 55 ans.

Non loin se trouve également le caveau de la famille de Mireille Mathieu, où est enterré son impresario, Johnny Stark, depuis 1989.

Parmi les tombes les plus émouvantes  du cimetière saint Véran se trouve celle de John-Stuart Mill, philosophe et économiste, l’un des fondateurs de la démocratie britannique et défenseur de la cause des femmes, et de son épouse Harriet Taylor, féministe anglaise qui revendiquait en tous points l’égalité entre hommes et femmes. De passage à Avignon, Harriet mourut brusquement et,  inconsolable, John-Stuart Mill acheta une maison de laquelle, depuis son bureau, il pouvait voir sa tombe où il avait fait graver (en anglais) :

 "À la mémoire chérie d'Harriet Mill, épouse tendrement aimée et profondément regrettée. Son cœur aimant, son âme noble, son intelligence claire, puissante, originale et vaste firent d'elle le guide et le soutien, la leçon de sagesse et l'exemple de la bonté, de même qu'elle fut la seule joie terrestre de ceux qui eurent le bonheur de lui appartenir..."

Bien d’autres « carrés » intéressants restent à découvrir à l’occasion, nous l’espérons, d’une prochaine visite. Tous nos remerciements vont à M. Marc Maynegre qui a rendu si « vivants » les personnages qui reposent ici.

En complément à la visite, le site  https://www.landrucimetieres.fr/spip/spip.php?article2608 a fourni les renseignements sur l’histoire du cimetière.

< Musée Calvet                                                                         L'association >

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