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Par Liliane,  Janvier 2022

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DE LA MAISON COMMUNE A L’HÔTEL DE VILLE

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    Sous le Premier Empire, Avignon a, selon les dires de plusieurs chroniqueurs, l’aspect d’une « ville morte»: beaux hôtels particuliers désertés, calades toujours étroites et tortueuses,  éclairage insuffisant. A partir du milieu du XIXème siècle, les maires successifs vont s’employer à moderniser la vieille cité – au détriment de nombreux bâtiments désormais considérés comme archaïques.

L’Hôtel de Ville est une victime toute désignée. Après la démolition en 1823 du couvent des Bénédictines de saint Laurent, désaffecté depuis la Révolution, et malgré l’opposition d’Esprit Requien et de Prosper Mérimée qui souhaitent conserver l'intégralité du bâtiment, c’est donc au tour de l’Hôtel de Ville, jugé par la municipalité vétuste et exigu, d’être rasé sans égard pour sa beauté gothique et son histoire car « son aspect hideux contrastait avec le beau monument du théâtre ». Seule la tour est conservée. Mérimée écrit : «Mauvais projet, on conserve la tour comme on conserve les perdrix à Pithiviers en les mettant dans un pâté dont le cou seul dépasse dehors ».

Les services municipaux sont transférés à l’Hôtel des Monnaies pendant les travaux. Le 29 mars 1846 est posée la première pierre du nouvel édifice en présence du maire Eugène Poncet, du curé de saint Agricol qui la bénit avec une brève homélie, du préfet, du maréchal de camp, du Conseil municipal, du président de la Chambre de commerce et d’une foule de badauds.

 

Le maître d’œuvre, Joseph Auguste Joffroy, et l'architecte Léon Feuchère, qui ajoute un balcon porté par des colonnes, ont proposé un style néoclassique bien en accord avec leur époque. Le coût est estimé à 628 000 francs, soit un peu plus de deux millions d’euros.

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Projet de façade pour la reconstruction d'un Hôtel de Ville-1840. Dessin de G. Bourdon(Archives municipales)

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Armes d'Avignon au plafond du péristyle

Le 24 septembre 1852, le nouvel Hôtel de Ville est inauguré par le prince Louis Napoléon, futur Napoléon III, qui arrive par le Rhône, salué par l’artillerie, les cloches à la volée et les vivats de la foule. Le préfet et le maire Eugène Poncet sont à l’embarcadère avec les clefs de la ville qui lui sont remises, puis ils prennent place dans une calèche et le cortège entré par la porte saint Lazare suit les rues de la Carreterie, du Portail Matheron, des Marchands.

 

Sur le parcours, les délégations de 149 communes portant drapeaux et bannières forment une haie d’honneur. Place des Carmes, le prince est invité par l’archevêque à faire ses dévotions à Saint-Symphorien, encadré par deux cents ecclésiastiques, dont les chanoines de Notre-Dame des Doms en surplis rouge. Un banquet est servi à la préfecture.

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Louis Napoléon Bonaparte

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L’Hôtel de Ville est illuminé, la place de l’Horloge a été décorée de mâts pavoisés portant des couronnes, des croix, des guirlandes de N en verre coloré. 20 000 personnes s’y pressent. Le prince dévoile une plaque provisoire :

 

HOTEL DE VILLE

Ancienne demeure du cardinal Colonna

Inauguré le 24 septembre 1852 par SAI Louis Napoléon.

 

Ce qui était faux, puisque cette demeure avait été rasée.

Il y eut ensuite un bal que le futur empereur ouvrit avec Mme Poncet (on imagine l’émoi de la dame), puis un feu d’artifice.

Dix huit ans plus tard ans, ce même Louis Napoléon, devenu Napoléon III, est voué aux gémonies suite à sa capitulation devant les troupes prussiennes à Sedan. En représailles devant cette défaite, la municipalité le déclare « d’indignité nationale » et fait poser une plaque dans le péristyle :

 « L’Assemblée Nationale dans les circonstances douloureuses que traverse la Patrie, en face de protestations et de réserves inattendues, confirme la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie déjà prononcée par le suffrage universel et le déclare responsable de la ruine, de l’invasion et du démembrement de la France ».

Détruite, puis remplacée en 1878, elle est à présent cachée dans la niche au-dessus de la statue de Marianne. Cette Marianne de bronze porte en écharpe les trois dates républicaines : 1789, 1848 et 1870. Proposée aux municipalités dès 1882, elle est l’œuvre du sculpteur Lecreux. Supprimé durant le gouvernement de Vichy, le buste est triomphalement réinstallé par des résistants en août 1944.

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Augustin Canron, dans son « Guide de l'étranger dans la ville d'Avignon » de 1858, s’émerveille : « La façade de cet édifice est très-riche en ornementations et en moulures ; sa principale entrée que surmontent les armoiries de la cité, (trois clefs d'or sur champ de gueules, avec deux gerfauts pour supports et Unguibus et rostro pour devise), s'ouvre entre huit grandes colonnes corinthiennes en marbre de Crussol. Le vestibule est éclairé par une immense lanterne : son imposante colonnade et ses galeries à double étage lui donnent un aspect vraiment grandiose. Les bureaux de la mairie se font remarquer par l'élégance de leur ameublement : ils se trouvent les uns au rez-de-chaussée, les autres à l'entresol. Les salles du premier étage, hautes et spacieuses, parfaitement éclairées et magnifiquement décorées, sont destinées aux réceptions officielles et aux fêtes publiques. »

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Cartes postales vers 1900

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Galerie du 1er étage

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La "forêt de colonnes"

La salle des fêtes et son joyeux décor

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Quant à la tour gothique rescapée, Mérimée avait réussi à la faire classer en 1862.

 

Le couple d’automates,  fragilisé, est remplacé en 1838. L’original est visible au musée Calvet. La cloche qui s’était cassée en juin 1852 est descendue pour être refondue dans l’atelier de Pierre Perre. Son poids est porté à 4320 kilos.

 

En 1919, la ville désire faire graver les noms des soldats avignonnais morts à la Grande Guerre sur des plaques de marbre. Un devis de 12 000 francs est accepté. Cette grande plaque de marbre gris est placée en évidence dans le péristyle de l’Hôtel de Ville.

En novembre 1921, un mistral particulièrement violent cause des dégâts dans la ville et emporte la grande aiguille de l’horloge, longue de deux mètres et pesant près de vingt kilos, qui tombe sur le balcon de la tour sans blesser quiconque.

Depuis 1975, les façades, les toitures, l’escalier d'honneur et la salle des fêtes sont classés.

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Projet pour le bureau du maire en 1950

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La verrière du péristyle

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L'Hôtel de Ville lors des illuminations de" Hélios 2020"

Un peu de comptabilité pour finir ? Afin de souscrire une assurance, la municipalité fit estimer la valeur de l’Hôtel de Ville. Il fallut plusieurs années pour y arriver, et en 1938 l’ensemble fut évalué à 8 608 020 francs, soit environ 438 500 000 €.

Bibliographie

JBM Joudou – Avignon son histoire ses papes ses monumens – 1842

Joseph Girard – Evocation du vieil Avignon

Robert Bailly – Chronique et histoire d’Avignon en 365 jours

Augustin Canron – Guide de l'étranger dans la ville d'Avignon et ses environs -1858

Stéphane Jordan Chargé de mission Patrimoine https://avignonlaculturelle.hubside.fr/breves

https://www.persee.fr/doc/lha_1627-4970_2001_num_1_1_865

Marie Gloc Dechezleprêtre – Hôtel de Ville au XIXème siècle

https://structurae.net/fr/ouvrages/hotel-de-ville-d-avignon

https://monumentum.fr/hotel-ville-pa00081880.html

Archives Municipales – Illustrations extraites de "Boettes registres layettes"

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