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Par Liliane, Décembre 2023

 LES "VISITES" DU RHÔNE A AVIGNON 2

« Le Rhône est un taureau furieux descendu des Alpes et qui court vers la mer »  Frédéric Mistral

Le pire restait à venir : 1856.

 

Le 31 mai, la force de l'eau emporte la vanne du conduit Perrot dans le quartier Saint-Lazare : la rue de la Carreterie et ses voisines sont inondées. À peine a-t-on réussi à colmater cette brèche, que le rempart s'écroule sur près de 300 mètres entre les portes Saint-Dominique et Saint-Roch. On dit qu'une vague d'un mètre cinquante de haut a déferlé dans la ville. C’est l’une des crues les plus catastrophiques.

 

Les messages alarmants transmis par les préfets déferlent sur le télégraphe de l’Elysée. Après les pluies diluviennes et incessantes du mois de mai, les digues et les levées ont cédé. Le Rhône, la Saône, la Loire, l’Allier, la Garonne débordent, inondent les champs et les villes. Cent mille hectares sont bientôt sous les eaux.

Photographies d'Edouard Baldus - 1856 - Le rempart ecroulé

Des noyés flottent dans les maisons, d'autres sont emportés, accrochés à des branches,  ensevelis sous la boue. « La Camargue est couverte de deux à trois mètres d'eau. Il est probable que la plus grande partie des bestiaux est noyée. Toutes les récoltes sont perdues », rapporte le préfet des Bouches-du-Rhône.

 

Napoléon III se rend à Lyon dévasté. Mise à part l’occasion de montrer son soutien au peuple, il est aussi soucieux de la catastrophe qui accable les plus démunis, en particulier. « Je n'oublierai jamais ces maisons s'écroulant sous l'effort de l'eau, les murailles enlevées, laissant voir l'intérieur des logis à tous les étages », écrira Alphonse Daudet, alors âgé de 16 ans.

On se déplace en barque dans Avignon, le parvis saint Agricol sert de quai.

L'empereur et sa suite arrivent en gare d'Avignon, d'où ils prennent une barque pour Tarascon.  « Grand et émouvant spectacle », la presse est unanime à louer la bienveillance de l’empereur. Au-delà des subsides que Napoléon et sa famille sortent de leur fortune personnelle, il fait débloquer des fonds afin de reconstruire et moderniser. Vingt-sept millions de francs sont versés pour réparer les ponts, les églises, les fontaines… Et la générosité des Français est mise, avec succès, à contribution. Napoléon III en tire une popularité certaine.

William Bouguereau - Napoléon III à Tarascon

Hôtel de Ville de Tarascon

Hippolyte Lazerges - Sa majesté l'Empereur

au secours des inondés de Lyon - 1856 - Collection particulière

« Les communications entre cette ville (Tarascon) et Avignon sont complètement interrompues, par suite de la rupture des chemins de fer que les eaux du Rhône ont coupé sur plusieurs points. Sa Majesté a traversé dans un bateau, au milieu des champs inondés, un espace de cinq kilomètres qui le séparait de Tarascon. L'Empereur profondément ému, a parcouru dans son bateau les rues de cette ville entièrement envahie par les eaux, et a distribué des consolations et des secours aux habitants réfugiés dans les étages supérieurs de leurs maisons ». (Le Moniteur Universel du 4 juin 1856)

Le corps des Ponts et chaussées est mobilisé. Projets de barrages et de grands travaux fluviaux, systèmes de vigilance des crues sont lancés. La loi du 28 mai 1858 illustre la première politique publique de prévention contre les catastrophes naturelles.

 

La crue de référence utilisée aujourd’hui est celle de 1856. C’est la première pour laquelle on a vraiment mesuré les débits, et celle qui a fait le plus de dégâts, alors que la crue de 1840 a été plus importante. Pourquoi celle de 1856 a-t-elle occupé plus de surface de terres inondées ? C’est que la construction de nombreuses digues hautes et discontinues après 1840 a eu une conséquence inattendue : le fleuve a manqué de place en 1856 et débordé encore plus que précédemment. Les pouvoirs publics en furent conscients et une loi de 1858 interdit toute modification des réservoirs naturels d’expansion en amont des grandes agglomérations.

Le 2 novembre 1896 cinquante rues d’Avignon sont sous l’eau. Le 7éme régiment du génie est mobilisé pour venir en aide à la population. Un incident est révélateur de la tension qui règne. Le maire Pourquery de Boisserin (celui qui voulait abattre les remparts) rend visite aux sinistrés en barque de maison en maison ; l’évêque fait de même, ils se croisent et une altercation s’ensuit. Le capitaine du 7éme génie, Caustine, énervé et épuisé, en arrive à gifler Pourquery ! Il lui en coûtera trente jours d’arrêt de rigueur.

La rue de la Carreterie et la place Belle-Croix en 1896

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