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LE BON ROI RENÉ

3ème partie - La maison du roi René

   La « maison » du roi René était composée d’un très vaste ensemble de bâtiments d’origines et d’époques différentes, qui ont été tellement remaniés par la suite qu’il est quasi impossible d’en restituer le plan.

 

Pourquoi Avignon ? Le roi René, prince itinérant comme tous ceux de son époque, disposait déjà d’un considérable « patrimoine immobilier ». Avignon l’attira peut-être grâce aux facilités de crédit que lui accordaient les banquiers juifs de la ville, mais surtout parce qu’elle était alors un foyer d’art extrêmement actif et vivant. Il dépensa sans compter pour agrandir son hôtel et le faire décorer par les meilleurs artistes, en particulier Francesco Laurana et Nicolas Froment : ultime et luxueuse fantaisie du souverain.

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              Côté rue Collège de la Croix, la livrée de Viviers

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Gaillard de la Motte

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Jean Allarmet de Brogny

En 1316 le cardinal de Mallavilla reçoit pour se loger la tour et des bâtiments (sur l'actuelle rue du roi René) faisant face au couvent sainte Claire, eux-mêmes vestiges de la maison forte avec donjon d’un bourguet  épargné par les destructions imposées en 1226 par Louis VIII à Avignon vaincue.

 Lui succèdent Imbert du Puy, cardinal de 1327 à 1348, puis Gaillard de la Motte (décédé en 1356), neveu du pape Clément V.

Prolongés par des bâtiments sur l’actuelle rue du Collège de la Croix, la demeure est occupée à partir de 1401 par le cardinal Jean d’Alauzier Allarmet de Brogny, évêque de Viviers et fondateur du Collège d’Annecy. La livrée «de Viviers» lui est attribuée en 1385. Il la fait agrandir, établit dans la tour centrale sa bibliothèque ; la grande salle d’apparat, ou tinel, de 140 m² et 6 mètres de hauteur, date de cette époque : sol en terre cuite, plafond de bois peint de chevrons rouges, noirs et blancs sur plus de 30 mètres de long.

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Vestige des bâtiments

sur l'actuelle rue du roi René

Dans un « petit grenier » ont été découvertes en 1973 des fresques représentant des scènes de chasse à courre dans des tons bruns et gris sur fond de végétation stylisée, et une série de blasons, dont celui de Benoît XII, qui illustrent peut-être le rassemblement, en 1336, de plusieurs rois à l’instigation du pape pour lancer une croisade qui n'eut jamais lieu. Elles attendent toujours une restauration complète.  Dans le jardin une fontaine   appelée     «griffon » représentait un homme à cheval.

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Par la suite seront détachés au nord de l’ensemble deux hôtels particuliers : Cambis de la Falesche et Cambis de Velleron.

 

A la fin du XVème siècle la livrée appartient à Guillaume de Ricci, avocat, docteur en droit et viguier d'Avignon. Il fonde le collège de la Croix en 1500 dans sa maison. Ce collège est destiné à accueillir dix étudiants en droit civil et canonique dont deux prêtres perpétuels et huit amovibles. Le pape Jules II l’unit en 1505 au prieuré de saint-Pierre-de-Vaux, à Bonnieux. En 1704, le directeur Jacques Cambis d’Orsan en cède l’administration spirituelle et temporelle au supérieur de la communauté de saint Charles, qui devient saint Charles de la Croix.

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Frères des Ecoles chrétiennes

Les parties de droite à un étage et celle du centre de la livrée sont remaniées en 1895 par les frères des Ecoles chrétiennes, fondés par Jean Baptiste de la Salle, qui s’y étaient installés en 1870.

 

 

La livrée de Viviers est actuellement occupée par un centre social, une crèche et un foyer restaurant pour personnes âgées.

Bâtiments sur l’actuelle rue Grivolas

Les Chartreux de Villeneuve devenus propriétaires louent les bâtiments, de 1440 à 1446, à des étudiants en théologie, puis les vendent, assez délabrés, au roi René en 1476 pour 1200 écus.

 

Celui-ci l’agrandit encore en achetant trois maisons mitoyennes. Le maçon est Nicolas Grenot et le menuisier François Giraut. 750 florins sont consacrés à une galerie nouvelle décorée entre 1476 et 1480 (date de la mort de René) d’une fresque par Nicolas Froment : un « Combat des naves turquestes et chrestiennes », dont il ne subsiste rien. Celui-ci peint également une Notre-Dame de l’Annonciade.

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Autoportrait présumé de Nicolas Froment

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L’imposante « salle aux monstres » de 23 m sur 8 offre des poutres en châtaignier et sapin décorées d’un bestiaire fantastique et satirique, tel un renard habillé en prêtre en train de prêcher à une assemblée de poules, peut-être par le peintre Roumier. Les monstres bipèdes ont des têtes humaines barbues et chevelues. Sur fond bleu sombre et rouge en alternance se trouvent les blasons de René et de Jeanne de Laval.

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Bestiaire fantastique du grand tinel.

Les armoiries du roi René cumulent ses différents titres.

Coupé : au 1er du coupé tiercé en pal : au 1er fascé d'argent et de gueules (Hongrie) ; au 2ème d'azur semé de lis d'or, brisé d'un lambel de gueules (Anjou-Sicile) ; au 3e d'argent à la croix potencée d'or cantonnée de quatre croisettes du même (Jérusalem). Au 2d du coupé parti ; au 1er d'azur semé de fleurs de lis d'or, à la bordure de gueules (duché d'Anjou) ; au 2d d'azur semé de croix d'or recroisetées et au pied fiché, aux deux bars adossés en pal du même (duché de Bar).

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Armoiries en pierre de Francesco Laurana,

provenant de l'église des Célestins.

On construit une volière, une chapelle ornée d’objets sacrés apportés du château de Peyrolles. Des tableaux , des tapisseries de fleurettes à petits points, des portières aux armes royales sont commandés spécialement, la magnifique bibliothèque de collectionneur provient de Tarascon. La décoration est fastueuse.

 

René ne séjournera que très brièvement dans cette énorme « maison » : pour surveiller les travaux, il s’y trouve quelques jours en septembre et novembre 1476, et de nouveau en 1478. Il en profite pour y faite baptiser un «Turc venu de Turquie et qui sait parler tous les langages »…

A la mort de René, sa bibliothèque est léguée à son ami Fouquet d’Agoult, seigneur de Sault, tandis que la maison côté Grivolas devient la propriété de Manfred Parpaille, maître de monnaie, de Pierre de Beauvau en 1489, de la famille Peretz, puis en 1571 du cardinal François de Joyeuse, archevêque de Toulouse (mort en 1615 à Avignon) qui la cède, en paiement d’une dette, à Mme de Labaume-Suze, laquelle la loue aux Ursulines en 1623.

La chapelle des Ursulines

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Ursuline

Celles-ci, voulant agrandir, font appel en 1632 à François de Royers de la Valfrenière. Il transforme la salle aux monstres en chapelle par la création d’une grande voûte, d'une nef avec baies et médaillons destinés à des compositions picturales, d'un chœur avec pilastres, fronton brisé et berceau à caissons, un ange dans chaque angle – une composition très admirée à l’époque

 

En 1685 les Ursulines font créer galeries, escalier, façade en U vers une cour au sud autour d’un puits antérieur à la Renaissance.

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Francois de Joyeuse

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Pan du rehaussement et l'ancien plafond caché

par la voûte de la chapelle des Ursulines

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Le couvent des Ursulines est vendu à la Révolution. Les bâtiments sont morcelés en appartements et diverses occupations successives : atelier d’imprimerie, magasin de papier en gros, fabrique de draperie, hospice des malades et prisonniers des sœurs de saint Vincent de Paul en 1859, salle d’asile communal en 1863, pensionnat des frères des Écoles chrétiennes en 1870, école normale d’institutrices en 1880, teinturerie de garance...

 

Actuellement les bâtiments rue Grivolas accueillent l’Ecole d’Avignon et le théâtre du Roi René. Durant le festival, la chapelle est rattachée au théâtre pour servir de salle de spectacle.

 

L’Ecole d’Avignon, centre de ressources pour la réhabilitation du patrimoine architectural, propose de nombreuses formations « en intégrant une démarche d'intervention durable, proposant ainsi des méthodes, outils et techniques traditionnelles permettant d'intégrer et transmettre les nouvelles exigences du marché de la réhabilitation »

Nous remercions la direction de l'Ecole d'Avignon et en particulier Lea Salé de nous avoir permis une visite très intéressante. 

Bibliographie

Joseph Girard Evocation du vieil Avignon

 Guilhem Baro, « Avignon (Vaucluse). Hôtel du roi René (ancienne livrée de Viviers), rue Grivolas », Archéologie médiévale, 46 | 2016, 168-170.

Françoise Perrot – Jean Louis Taupin – François Enaud – Revue Archeologia – Avignon et le roi René

Armoiries : Ottfried Neubecker, Roger Harmingues, Le Grand livre de l'héraldique

https://saumur-jadis.pagesperso-orange.fr/recit/ch6/r6d7rene.htm

https://www.herodote.net/Le_bon_roi_Rene_-synthese-376.ph

https://www.provence7.com/portails/histoire-portails/personnalites-de-lhistoire-en-provence/roi-rene/

https://monumentum.fr/immeuble-dit-maison-roi-rene-pa00081912.html

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