Par Liliane, Janvier 2019

le temps des processions - 1

   Les processions ont connu à Avignon un éclat tout particulier, depuis l’époque des Papes jusqu’à la Révolution qui supprime l’ensemble des fêtes religieuses.

 

De nombreuses processions sont organisées par les paroisses, les couvents ou les confréries, surtout les Pénitents.

Procession du Corpus Christi - Gravure médiévale

   Le zèle des confréries s’exerce surtout au cours des prédications, processions et jubilés. Les processions, qui peuvent durer de cinq à six heures, affichent une surabondance de luxe, en particulier pour les processions de la Fête-Dieu, qui deviennent aussi un spectacle dramatique.

 

En 1449, Guillaume Dombet fait représenter un épisode de la vie de saint Jean-Baptiste, et en 1453, une histoire de saint Eustache, tandis qu’à Aix-en-Provence, les représentations d’épisodes religieux dégénèrent en farces au cours du XVIIème siècle, au point que Mme de Sévigné exprime son indignation et oppose la « sainteté de la procession avignonnaise aux grossiers spectacles aixois ».

On y pense six mois à l’avance, on en parle six mois après. Les étrangers affluent. Les dames veulent rivaliser d’élégance : « Un jour de bonne recette pour les parfumeurs. Pas une tête blonde ou brune qui ne fut frisée à l’oiseau royal. Quelle profusion de poudre pour blanchir la coiffure de jolis séraphins, les perruques de nos chanoines et les chignons du beau sexe ! Quelle profusion de pommade pour soutenir ce triple rang de boudins qui ornaient la tête de nos bourgeois ! Jamais Avignon n’avait présenté un mouvement si animé, un va et vient de perruquiers, de tailleurs et de tapissiers, que dans ces heures qui s’écoulent si lentes avant le départ de la procession ».

Antoine Raspail (1738 - 1811)

- L'atelier de couture

Musée Arlaten, Arles

Les rues étroites permettent de tendre des toiles au-dessus pour ne laisser qu’un demi-jour favorable aux pompes de la religion. Les façades sont tendues de draperies et de tapisseries colorées. Des autels s’élèvent à chaque carrefour, objets de rivalités pour les paroisses. Fleuristes et thuriféraires (officiers de l’Eglise chargés d’agiter l’encensoir dans les cérémonies liturgiques, accompagnés de naviculaires chargés de l’encens) rivalisent d’ornements pour les autels portatifs, les luminaires. Des « lévites » (terme désignant les séminaristes) en costumes brodés d’or, des jeunes filles en blanc, des enfants costumés en St Jean Baptiste, en Marie Madeleine, en Judith, chargés de semer les rues de fleurs jaunes, les porteurs de bannières, de flambeaux, d’encensoirs (ce qui nécessite un apprentissage pour bien savoir les balancer), les chants sacrés qui s’élèvent de toutes parts, tout cela compose des tableaux propres à impressionner durablement l’assistance.

On gonfle artificiellement le nombre de participants : de hauts personnages embauchent des mariniers du Rhône et des  portefaix pour faire  nombre et les pénitents  peuvent  passer de 15 à

Julius Scholtz - 1864

Enfant de chœur

1800 les jours de procession. On les affuble de la robe et de la capuche à deux trous pour les yeux. M. de Zanobis, qui comptait plusieurs recteurs de blancs dans son ascendance, avait ainsi attiré des pénitents improvisés par des cadeaux ; quand les confrères entonnèrent les litanies des saints

« Sancte Michael archangelo – Ora pro nobis – Sancte Johanni Baptiste – Ora pro nobis »

on  put distinguer une voix qui chantait :

« Quaou t’a baya toun capeou – Quaou t’a baya ta tayolo » et d’autres qui répondaient « Es de Zanobis ».

(Qui t’a acheté ton chapeau, qui t’a acheté ta ceinture – C’est de Zanobis)

   Les traditions étaient empreintes de souvenirs hébraïques, alors que les Juifs de la ville, qui n’avaient pas le droit de participer aux processions, avaient cependant l’obligation de planter des mâts, de tendre des toiles sur leur passage et de payer un tribut annuel.

 

Après avoir constitué une part très importante des grandes manifestations publiques à la fin du Moyen Age et participé à la lutte contre les hérétiques par leur affirmation d’une religiosité purement catholique au moment de la Renaissance, à l’âge baroque les processions, comme toutes les célébrations liturgiques et civiles, renforcent leur pompe et leur goût pour la mise en scène.

 

La Révolution supprime toutes les processions, mais elles reprennent à la Restauration. En 1845, l’archevêque d’Avignon édicte une série de règles sévères cherchant à les contrôler et encadrer, prouvant par là-même certains débordements auxquels elles étaient parvenues : il ordonne de raccourcir leur durée en raison du grand âge et des infirmités d’un clergé de moins en moins renouvelé, interdit tout chant autre que ceux relatifs à la célébration, tout costume « bizarre, ridicule ou indécent » des enfants participants, recommande le calme et la dignité aux membres des confréries…

 

De nos jours à Avignon, certaines ont toujours lieu, quoique avec beaucoup plus de discrétion et moins de participation qu’au temps des grandes et somptueuses célébrations du passé, contrairement à l’Espagne et l’Italie où Fête-Dieu et Pâques sont célébrées de manière spectaculaire.

Les processions dites générales sont celles de saint Marc

ou Rogations, l’Assomption, la Fête-Dieu et saint Agricol.

   La procession de la saint Marc célèbre les Rogations, le 25 avril, qui font écho aux Robigalia de l’antiquité. Les Romains rendaient hommage à cette date au dieu des cultures Robigus et à sa sœur Robiga afin de s’assurer que les récoltes échapperaient à la rouille (en latin robigo) ou à la nielle du blé. La plus importante procession est celle de la veille de l’Ascension. Les porteurs de la bannière aux armoiries du pape et de la ville doivent marcher exactement du  même pas : d’abord le  viguier et le  premier consul,  puis les représentants des paroisses sainte Madeleine, saint Agricol, saint Didier, saint Pierre et saint Symphorien, puis deux clercs de notaire. L’archevêque d’Avignon précise en 1845 qu’il est interdit de « bénir les fruits de la terre avec un reliquaire parce que l’Eglise ne le prescrit

point ».

La confrérie saint Marc et les fêtes qui s’y rapportent sont toujours vivaces à Villeneuve-les-Avignon.

   La procession de la Fête-Dieu naît avec la fête du Saint Sacrement, appelée aussi Corpus Domini ou Corpus Christi, instituée par Urbain IV en 1264. Sa célébration a lieu le jeudi suivant la Pentecôte, entre mi-mai et mi-juin.

Un siècle plus tard, Urbain VI la fait célébrer par tous les fidèles au cours de processions précédées par des vêpres solennelles. La Fête-Dieu  présente l'Eucharistie dans la perspective de la rédemption et de l’achèvement du dessein divin.

La procession démarre un quart d’heure avant la nuit afin de faire profiter les spectateurs de la prodigalité des cierges, bougies et flambeaux.

A sa tête, quatre tambours annoncent la sortie de la chapelle, suivis de deux pénitents en robe portant deux étendards de taffetas bleu ciel à étoiles dorées. Derrière un premier corps de musique précède la confrérie entière sur deux files, 300 personnes environ. Chacun en gants blancs porte un cierge d’une demi-livre au moins ainsi que vingt girandoles en forme de lustres garnies de vingt bougies disposées à distance égale.

Au milieu marche un second corps de musique devant un autel portatif revêtu de très beau linge et orné de tous les attributs du sacrifice de la messe, éclairé de flambeaux d’argent avec 60 bougies, porté par douze pénitents qui seront remplacés trois fois au cours de la procession en raison du poids de l’autel.

Un second autel plus léger garni de trente bougies représente le serpent d’airain porté par six pénitents.

Un troisième corps de musique précède un troisième autel qui porte le saint sacrement, garni de très beau linge et de 80 bougies, porté par dix pénitents renouvelés ; sur les côtés de l’autel douze pénitents portent chacun un flambeau de cire à quatre mèche. Devant le saint sacrement, un espace est réservé pour les encensements faits par des enfants de pénitents « dressés » aux différentes manœuvres. La clarté si grande qu’on aurait pu ramasser une aiguille. Les habitants de Carpentras et Villeneuve auraient distingué l’immense clarté comme un météore !

La Fête-Dieu à Avignon en 2018

   Célébrée le 2 septembre, la procession de saint Agricol, le patron d’Avignon né vers 630, est une fête municipale et consulaire. En 1393, les Avignonnais font fabriquer un reliquaire plus somptueux que le précédent pour la relique de sa tête, « tout rehaussé d'or et de pierres précieuses, et pesant cent trente-sept marcs et six onces. Douze cardinaux, plusieurs prélats et un grand nombre d'habitants de toutes les conditions se firent un honneur de contribuer à la confection de ce riche joyau que depuis lors, jusqu'à la Révolution française, on ne cessa d'exposer sur l'autel du Saint et de porter aux processions les plus solennelles ».

 

Un ouvrage de l’abbé Clément de 1771 rapporte les miracles survenus lors des processions portant le reliquaire du saint : pluie mettant fin à la sécheresse, guérisons spontanées.

Le 8 décembre les processions sont en l’honneur de l’Immaculée Conception.

 

Pour les processions de Noël et de Pâques, le premier jour on se rend à saint Ruf, le deuxième à saint Véran, le troisième à saint Chamans.

 

Les processions pour les grands événements, telle l’élection d’un nouveau pape, sont extrêmement codifiées. Elles rassemblent également des foules considérables, représentant les sept paroisses et Notre-Dame des Doms, les quatre ordres mendiants (cordeliers, jacobins, augustins et carmes), les autres églises et monastères, et les confréries. Des représentants de la ville et de l’université y assistent, ainsi que de très nombreux enfants criant « Vive le pape et sa moulhier », c'est-à-dire sa femme, l’Eglise. Des étendards portent les armoiries de la ville et du nouveau pape.

Procession Notre Dame des Vignerons

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