le temps des processions - 2

Les processions des Pénitents sont distinctes des « générales » et chaque confrérie rivalise de splendeur. Chacune organise ses propres processions à grand renfort de musique, prédicateurs réputés, de « luminaire prodigué à l’excès », selon leurs revenus, tirés principalement du produit de la ciergerie et des frais d’enterrements réglés par les familles des confrères.

   La procession aux flambeaux des Pénitents blancs d’Avignon est réputée dans tout le royaume et  attire le plus grand nombre de curieux : c’est celle du peuple et de l’égalité, nobles, bourgeois, manants, prolétaires, chantant ensemble fraternellement. Seuls trois prêtres représentent l’Eglise, l’assemblée est populaire.

On se réunit dans la grande cour des Dominicains au milieu des parfums et des girandoles portatives. « L’immense dais, surmonté de six panaches et de leurs aigrettes, s’avance dans la cour. Des milliers de cierges d’allument, l’encens fume dans les cassolettes et les encensoirs ; les corbeilles sont remplies de fleurs ; les enfants habillés en anges, en saints et saintes, en abbés et en reines se groupent au milieu des Pénitents et deux cavaliers se placent à côté de la croix ».

   Celle des Pénitents noirs, de par leur vocation à soulager les prisonniers et les condamnés à mort, est moins spectaculaire car ils n’étalent pas leurs richesses, leur titre de gloire étant surtout le crucifix d’ivoire de Jean-Baptiste Guillemin. Elle a lieu tous les vingt cinq ans, et la veille la moitié des curieux est obligée de coucher dehors faute de place dans les auberges.

 

De nos jours l’association Saint-Jean-Baptiste, affectataire de la chapelle des Pénitents Noirs, organise chaque année une procession publique dans les rues du vieil Avignon pour honorer la Vierge le jour de l’Assomption.

   Les Pénitents gris perpétuent la procession expiatoire du roi Louis VIII vainqueur des Albigeois. La première procession jubilaire des gris a lieu en juin  1751. De nombreuses confréries (Toulouse, Védène, Villeneuve-lez-Avignon, Rome) affiliées à celle d’Avignon sont invitées. Cette fête nouvelle est annoncée la veille par des salves d’artillerie ; l’affluence est telle qu’on doit envoyer chercher des provisions dans tous les environs. A cause de la chaleur accablante, le départ est repoussé à 16 h.

 

Les Pénitents gris actuels procèdent toujours à une procession jubilaire, qui a lieu chaque vingt-cinq ans le vendredi Saint, avec un chemin de croix autour de l’évêque.

Extrait de la description de la procession jubilaire des Pénitents gris le 20 juin 1751 « par un confrère »

 

La procession sortit à 4 heures des Cordeliers. 18 confrères portant des flambeaux de 4 livres précédaient deux brigades de maréchaussée et les mandataires de différentes compagnies chargés de flambeaux à quatre mèches. Plus de 200 confrères des cinq compagnies d’Avignon et d’autres villes suivaient avec des encensoirs. La croix des Pénitents gris était portée par un confrère pieds nus. 200 autres Pénitents portaient des flambeaux de 4 et 6 livres, dont 30 de 8 livres et 24 de 18 livres avec des écussons d’argent. Suivaient des corps de musique et de choristes, les enfants de chœur des quatre chapitres en surplis portant des cierges, puis des girandoles et des parfums.

Un quatrième corps de musique chantait des motets composés pour l’occasion par M. Chabert, maître de musique de Saint Agricol.

60 ecclésiastiques du séminaire de Saint Charles de la Croix venaient ensuite, suivis d’une symphonie, de girandoles et de 24 autres ecclésiastiques dont 12 encensaient sans arrêt le Saint Sacrement, et 12 portaient des corbeilles de fleurs qu’ils jetaient en l’air.

Les consuls  et le major (maire) de la ville M. de Falard soutenaient le dais au-dessus du sacrement entouré de 4 fanaux d’argent et plusieurs  petits. Le vice-légat en rochet et camail marchait derrière avec des officiers, des garde-suisses avec des écussons de 50 livres dont 3 aux armes de Louis VIII. La marche était fermée par la Compagnie des chevau-légers à cheval et par les magnifiques équipages du vice-légat.

Girandole de la chapelle

des Pénitents gris

   L’itinéraire de la procession, parcourant toute la ville, la ramena aux Cordeliers vers 9h30. Le vice-légat fit un discours devant une assistance choisie, rappelant l’origine et le motif de la fête, et un Te Deum fut chanté. La procession attira plus de 20 000 étrangers de toutes conditions. Elle compta 400 flambeaux pesant de 4 à 50 livres, 70 girandoles et parfums.

Une deuxième procession jubilaire fut organisée en 1776, la dernière sous domination pontificale. La Révolution mit un terme à l’exposition du saint sacrement, les Cordeliers et la chapelle furent ravagés, la statue de Notre Dame de la Délivrance détruite.

 

La chapelle des Pénitents gris fut rendue au culte en 1815, et M. de Blanchetti en fut réelu premier maître.

De nos jours, la tradition perdure dans les pays méditerranéens, mais pas seulement.  En  Espagne, surtout au cours de la Semaine Sainte, et dans le sud de l’Italie de spectaculaires processions attirent toujours des foules considérables. Quelques photos (Wikipedia) pour donner une idée de ce qu’elles pouvaient être à Avignon.

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1 Guardia Saframondi, Italie

2 Zamora, Espagne

3 Astorga, Espagne, Flagellants

4 Sicile

5 Fête-Dieu, Ecosse

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