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Rue et impasse de la Carreterie 

Vierge à l’enfant - vierge en prière

1 - Rue et impasse de la Carreterie 

 

Ce nom vient de ce qu’une partie des corroyeurs d’Avignon s’y était établie, Coirateria, Curateria dit l’acte de 1371, en vertu duquel on transféra, on n’ignore pourquoi, dans cette rue et sur la place des Carmes, le marché aux cuirs, dès le XVe siècle qui se tenait auparavant dans la rue des Fourbisseurs, et aux alentours de l’église de Notre-Dame-de-la-Principale.

 

On ignore les motifs qui le firent transférer dans la suite à la rue de la Bonneterie, où nous le trouvons établi dès le XVe siècle.

 

La «carreria cadrigerarium» est l'ancienne rue des Charretiers. En fait, elle a été depuis le Moyen Age, l'artère principale de la ville pour accéder au Palais des Papes, puisque la grande route conduisant en Avignon passait par la porte Saint-Lazare qui est à son extrémité. En 1392 elle est déjà dite la «Carataria». 

 

2 - Du portail Matheron à la porte Saint-Lazare -

 

5 - Le 13 avril 1340, se déroule un attentat extraordinaire dans la rue Carreterie. Des sergents d‘armes du maréchal, hommes sans foi ni loi, attaquèrent de grand matin l'hôtel où résidait l’ambassadeur d’Angleterre, Nicolino Fieschi, et l‘enlèvent avec son fils et un damoiseau, lui font passer le Rhône et l‘emmènent en terre française. 

 

Les véhémentes protestations du pape permettront de récupérer Nicolino le 16 juin. Le maréchal de la Cour, Bérenger Cotarel, sera emprisonné, il s‘empoisonnera dans sa prison, et son cadavre exposé au gibet des condamnés à mort sera ensuite jeté dans le fleuve. Les sergents d'armes, arrêtés, seront tout simplement pendus à la poutre des fenêtres de la maison de la rue Carreterie.

 

Ce fut l’une des premières rues où circula un service public de transport urbain en juin 1880 : le tramway.

 

6 - En tête de la rue de la Carreterie, étaient, au nord, l’hôpital des Pèlerins, fondé sur la fin du XIVe siècle, et au midi, le couvent des Ermites Augustins, fondé en 1261.

 

 

Au N° 29 se trouve l'entrée monumentale de l'ancien couvent des Carmes. La porte est surmontée d'un gable fleuronné et d'une galerie trilobée de la fin du XVe.  Ce fut la pendant plusieurs siècles l'entrée de l‘hôtel de la Croix Blanche qui a disparu. 

 

L‘église des Augustins 

En face, sous le N° 20 se trouve le clocher des Augustins élevé par le lapicide Jacques Laugier de 1372 à 1377. Ce clocher était devenu une véritable tour penchée car ses fondations avaient tendance à s'affaisser vers le Nord, depuis le tremblement de terre de 1909 dont l’épicentre se trouvait à Lambesc dans les Bouches-du-Rhône.

 

L'église a disparu progressivement après la Révolution. Fondée en 1261 par des moines augustins, l‘ édifice fut terminé en 1345 ; il était couvert d'une charpente au-dessus de la nef centrale, mais les chapelles latérales étaient voûtées de croisées d'ogive. Ce sont elles que l'on retrouve dans les maisons qui donnent sur la rue, avec plusieurs clés de voûte encore en place et blasonnées.

 

En 1595, Thomas Platters, de Bâle, visite le couvent : «Dans l'église de Saint-Augustin, qu'on était en train de réparer, je vis un grand cheval de bois couvert d'une peau qu'on prétend être celle du cheval de Saint-Georges ; j'en ai rapporté un petit morceau avec des poils. J'y vis aussi l'enterrement d'un noble italien : on l‘apporta de sa maison ; en grand costume, couché tout vêtu de blanc dans une bière ouverte, la tête appuyée sur un coussin, et le visage découvert : on le plaça près de son tombeau, après quoi chaque assistant alla, l'un après l'autre, le contempler une dernière fois en lui jetant de l‘eau bénite». Il est vrai que c’est aux Augustins que se tenait la confrérie de Notre Dame de la Major, fondée avant 1329 par des marchands italiens et réunissant progressivement tous les originaires de la langue de Si. 

 

Près du clocher existe encore une croisée d'ogives dont la clé porte le blason du cardinal Arnaud de Via avec son buste sculpté sur le côté. 

 

Au-dessous de la cloche installée dans son campanile en 1562, se trouve une grande horloge qui fonctionne depuis 1497. Dans le langage du quartier, il était courant de dire à ceux qui arrivaient en retard sur leur lieu de travail : «Qu'il n'entende pas Jacquemart cela se comprend, mais la Carreterie, c'est pas normal». Ce à quoi le fautif répondait en invoquant le Mistral qui faisait retarder les aiguilles. 

 

 

En 1977, on creusa à l'intérieur jusqu‘au niveau des fondations, pour s'apercevoir avec stupéfaction que l'ensemble de la tour reposait sur des rangées de pieux de bois battus et enfoncés dans le sous-sol de la nappe phréatique. Ce type de construction, de tradition à Venise, fut très employé au Moyen Age : depuis la base a été noyée dans le béton. Sur la paroi sud de l'escalier de la tour, se trouvent les armes des Villeneuve Martignan qui avaient leur tombeau dans l'église des Augustins. 

L’ancienne porte du couvent des Carmes est l’entrée d’un garage.

 

 

La place Belle Croix : La croix fut enlevée à la Révolution puis remplacée en 1807 pour finalement être démolie par les pompiers lors d’une fausse manoeuvre de leur grande échelle. De nos jours, elle cohabite avec un immense dessin en trompe l‘oeil qui englobe une de ces fameuses Vierges ornent les façades avignonnaises.

 

Le sommet de la niche est une représentation d’une coquille Saint ]acques. La Belle-Croix ou Croix couverte est mentionnée dès 1426. Elle possédait quatre piliers et avait deux côtés, comme les autres croix couvertes du XVe siècle : un côté avec le Christ, l’autre avec la Vierge. 

 

Elle fut rebâtie en 1579 en pierre d’Embrun par un maçon, Barthélemy Loyal. Elle était la plus monumentale des croix couvertes de la ville avant sa démolition en 1792. Elle fut remplacée par une croix non couverte, démolie aussi et reconstruite au même emplacement. En face de Belle-Croix se trouve la caserne des pompiers de la ville, précédemment située dans la rue des Lices à l’emplacement de la caserne des Passagers.

 

Au N° 42, à l'angle de la rue Guillaume-Puy, une pharmacie a remplacé l'ancien office de tabellion de Nicolas Lescuier. Secrétaire du conseil municipal en 1791, ce personnage fut sommé d'expliquer la position municipale à la suite d'un vol d'argenterie commis au Mont de Piété. Sentant le danger, Lescuier tenta de se réfugier à l'Hôtel de ville, mais fut arrêté place Costebelle et traîné aux Cordeliers où il fut égorgé. Son fils, Auguste, parcourt alors la ville, ameute la foule : on procède à des arrestations arbitraires et durant la nuit du 16 octobre déclenche le massacre de la Glacière. Auguste se vantera au café de Thomas Passini d'avoir tué dix personnes et d'avoir traîné dans les escaliers le cadavre de Madame Niel «en faisant cogner sa tête sur chaque marche». Amnistié le 19 mars 1792, Auguste Lescuier Sera adjudant général de l'armée des Pyrénées. 

 

Au N° 50 se trouvait l'auberge des Trois Mulets tenue à la révolution par Claude Peytavin, major de la garde du Palais, et auteur du massacre de la Glacière. 

 

Au N° 17, se trouve la maison de Jean-François Prévôt, menuisier-ébéniste qui, accusé de la mort de Lescuier, sera sabré le même jour par les hommes de Jourdan Coupe-tête devant l'église des Cordeliers. 

 

Au N° 116 la caserne des pompiers de la Carreterie a été remplacée par la grande caserne de Fontcouverte. C‘est au XVIIIe siècle qu’est née la première compagnie de «Seringuiers» dans la ville, mais, il a fallu attendre 1822 pour avoir de vrais Sapeurs-Pompiers. Ils se sont installés rue Carreterie en 1896, et pendant longtemps, au temps où la ville était débonnaire, ils sonnaient l'heure de Midi à travers ies rues Carreterie et Carnot avec leurs sirènes en allant prendre l'apéritif au bar du chevet de Saint-Pierre. 

 

Au N° 118 s'étaient installés les Pénitents Rouges. Fondés en 1700 sous le titre de Notre Dame de Réconciliation, ils vinrent en 1736 rue Carreterie et demandèrent à l'architecte Thomas Lainée la réalisation de la façade de leur chapelle. «Le 21 décembre jour de SaintThomas, les Pénitents Rouges commencèrent leurs prières et leurs fonctions dans la chapelle qu'ils avaient fait bâtir vis-à-vis la Belle Croix à la Carreterie. Ils obtinrent de Monseigneur l'archevêque de quitter leurs habits rouges et de s'habiller de blanc avec un cordon rouge à la ceinture», écrivit Laurent Drapier dans son journal. Les Pénitents Rouges furent dissous en 1792. Le 15 janvier 1793, «vis-àvis, la ci-devant Belle Croix, on a pendu le roy et la reine en mannequin à la lanterne, en effigie».Puis deux ans plus tard, le 10 prairial 1795, la fête des victoires remportées par le peuple français se déroulait devant la Belle Croix. «Il y avait un édifice qui représentait une tour garnie de lances et de piques, drapeaux et tambours, et devant,des bombes et boulets, pour faire voir la force et le courage des Français « 

 

Face aux Pénitents Rouges, au débouché de la rue des Infirmières se trouvait la Belle Croix. En 1419, elle est dite  avoir été élevé pour commémorer la fin du Grand Schisme En 1596, elle sera abritée sous un dois de pierre reposant sur quatre piliers. La construction abattue en 1792 sera remplacée un peu plus tard par une simple croix de fer. 

 

Au N° 139, Agrégé de médecine, Nicolas-Dominique Pamard acquis en 1743 cette maison avec le jardin attenant pour y planter des herbes et étudier la botanique. Ce «jardin des Médecins» dura jusqu'à la Révolution. 

 

Au N° 183, maison de M. de Cayranne : «Le 11 juin 1790, M. de Cayranne, de la Carreterie, vieillard de 80 ans, a été tué à sa fenêtre. Il était sourd, il n'entendit pas qu‘on lui criait de s’en ôter. Comme il était tombé abouché sur sa fenêtre, tous ceux qui passaient, lui tiraient : il reçut après sa mort plus de cinquante coups de fusil». 

 

C‘est dans la rue Carreterie qu‘avant d'être commandant du Palais des Papes, Jourdan coupe-tête était marchand de fourrage et de garance. Il finit guillotiné à Paris en 1794. 

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