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Petites histoires au sein de la grande Histoire...

Celle d'Avignon est riche en anecdotes, tragiques ou cocasses. Page 4

Le Melon et la Mort

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Jean-Baptiste Chardin, Le melon entamé - 1760

Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / René-Gabriel Ojeda

Laurent Drapier, notre chroniqueur préféré, raconte la mort par indigestion de Joseph de Guyon de Crochans, évêque de Cavaillon de 1709 à 1742 puis archevêque d’Avignon.

     "Mort de l'archevêque d'Avignon ayant trop mangé de melon et de fruit.

 

       Monseigneur l'Archevêque d'Avignon après son diner du mardy 21 septembre 1756, jour de saint Mathieu, se trouva incomodé par la quantité de melon et de fruit qu'il avait mangé. Sur les cinq heures du soir on envoya chercher M. Gastaldy son médecin qui luy trouva une petite émotion a son pouls, luy ordonna un lavement pour le faire évacuer, ce qui le soulagea un peu, il vomit considérablement les viandes et fruit, mais cela ne fit que luy émouvoir son estomac qui estait entièrement farci, ce qui luy occasionna un accident sur les neuf heures du soir. On voulut luy donner l’émétique, il ne peut jamais le prendre. Il tomba de cet accident dans une léthargie mortelle, ne pouvant recevoir aucun sacrement, il mourut une heure après minuit."

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Armoiries de Monseigneur de Crochans évêque de Cavaillon

Monseigneur aurait dû lire attentivement l’effrayant poème Martial Le Maistre :

 

 

Pour avoir trop gousté les vulgaires délices,
De ce morceau d’Adam déguisé de blandices 

Voyla dans certains iours l’estomac panteler,

Des genoux chancelans les colomnes branler,

Une froide sueur découler de la face,

Les membres s’engourdir d’une mortelle glace,

Un acre flux de sang racler les intestins,

Le ténesme bander tous les muscles mutins,

De grands desuoyemens s’affoiblir la poitrine,

Aux catarrhes mortels se former l’origine,

Les bourreaux cordillons de la goute geiner,
Et par mille douleurs dans la bière entrainer.

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Crieur de melons

Marchand de melons

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Dans l'Antiquité, le melon, petit et peu sucré, se dégustait poivré et vinaigré, relevé de garum (principal condiment de la période antique, à base de chair ou de viscères de poisson ou d'huîtres, ayant fermenté longtemps dans beaucoup de sel), ainsi qu'en salade.

 

Au IXème siècle, il devait être cultivé dans les potagers des monastères. Il acquit peu à peu volume, parfum et saveur sucrée et fut dès lors considéré comme un fruit.

 

Dans son Introduction à la vie dévote, François de Sales (1567-1622) présente le melon comme exemple du péché, d’un objet à la fois de désir, de crainte et d’interdit, dont l’homme charnel parvient mal à se détacher ! Certains médecins prétendaient qu’il pouvait étouffer la « chaleur naturelle » par son froid et le rendirent responsable de bien des morts subites : entre autres le pape Paul II, deux empereurs, Albert d’Autriche et Frédéric III, et le roi d’Angleterre Henri VII.

A la fin du XVIème siècle, le melon Cantaloup est produit dans le midi de la France, et particulièrement à Cavaillon. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, il reste rare et considéré comme un mets précieux, cultivé avec soin et dégusté par des connaisseurs, avant de se démocratiser.

 

Alexandre Dumas, qui appréciait particulièrement le melon de Cavaillon, demanda en 1864, en échange du don à la bibliothèque de la ville de la totalité de son œuvre publiée, une rente viagère de douze melons par an jusqu'à sa mort….

Bibliographie

-Médiathèque Ceccano. Ms 2564. Continuation des mémoires d'Avignon par Laurent Drapier, docteur ez Droit de l'université d'Avignon.

-www.culture41.fr/Archives-departementales/Decouvrir-et-transmettre/Tresors-des-archives/Les-insolites/1730-la-defense-des-melons

-www.boule-dor.com/1-32-Histoire.php

-/www.cuisinealafrancaise.com/fr/produits/primeurs-fruits/fruits-a-pepins/melons

-www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2002-4-page-583.htm

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