LogoACMombré.jpg

Accueil / Art & Histoire / Anecdotes 6

logolgTurquoise.png

Petites histoires au sein de la grande Histoire...

Celle d'Avignon est riche en anecdotes, tragiques ou cocasses.

 

Page 6

Tous à vélo ! La vélocipédomanie à Avignon

     La draisienne fut inventée par Karl Drais en 1818 : sans pédales ni chaîne, on s’en servait comme d’une patinette.

 C’est Pierre Michaux, un apprenti charron de 15 ans, qui vers 1855, adapta des manivelles à la roue avant ; plusieurs améliorations plus tard, il nomma michaudine sa création, qui connut un énorme succès dès l'expo universelle de 1867.

 

Les frères Olivier l’améliorèrent par le principe de la roue à moyeu tenu par des rayons. Aux États-Unis un autre Français déposa un brevet pour un cadre en fonte avec frein, pignons et transmission par chaîne, plateau ; puis l’Écossais John Dunlop innove avec un pneu rendu démontable grâce aux frères Michelin, qui permet de rouler de façon plus confortable sur les pavés. En 1908, le dérailleur complète l’ensemble... qui n’a pas changé jusqu’aux vélos électriques.

Michaux.jpg

Pierre Michaux et son bicycle perfectionné en 1869

affiche.jpg

     Dès les années 1860, des associations de vélocipédistes se créent, en particulier le Cercle des vélocipédistes carpentrassiens. Les « cercles » sont des associations uniquement masculines dont les membres se groupent par affinité idéologique ou professionnelle. Un riche propriétaire de chevaux engage un pari avec le meilleur des vélocipédistes pour savoir qui de lui ou de son trotteur arrivera le premier à boucler un parcours d’une bonne vingtaine de kilomètres… On ignore qui a gagné !

 

L’usage du vélocipède se démocratise : 300 000 vélos circulent en France en 1895, 3,5 millions en 1914 car le prix est rendu accessible à la classe ouvrière. Il faut 650 heures de travail pour acquérir une bicyclette en 1895, 65 heures en 1935 (d’après Frédéric Héran).

Les toutes nouvelles compétitions sportives sont copiées sur le modèle des courses hippiques, et durant plusieurs années même les coureurs à pied s’habillent comme des jockeys et emploient un vocabulaire issu du milieu hippique. Les affiches et les programmes imitent ceux des courses de chevaux.

D’autre part, les organisateurs de courses de vélo ne s’inscrivent pas dans le cadre des fêtes traditionnelles ou religieuses locales. Les parcours sont mesurés et chronométrés, les performances enregistrées, les prix de valeur attirent des concurrents de toute la France.

velo tourisme.jpg

En mai 1869 est créé le Véloce Club d’Avignon, comptant 20 membres : bijoutier, coiffeur, géomètre, limonadier, pharmacien, plâtrier, « propriétaire », sculpteur, plusieurs serruriers, tapissier, cuisinier... âgés de 21 à 30 ans.

 

On y propose la réunion des «velocemen», la promotion du vélocipède et l’organisation de courses et de promenades. Pour être admis il faut être parrainé par deux membres fondateurs et obtenir l’approbation des trois-quarts des membres. Quant aux «étrangers» non-membres titulaires on leur permet de venir «à de rares intervalles». Il est donc probable que les membres du cercle se connaissaient déjà.

DRAISIENE.jpg

René et Aimé Olivier, de Paris à Avignon en huit jours

     Après avoir organisé des compétitions à Paris, en 1865, pour tester le matériel de Michaux, convaincus des perspectives de développement du vélocipède et pour démontrer les grandes possibilités qu’offre ce nouveau moyen de locomotion, les frères René et Aimé Olivier pédalent sur les 750 kilomètres de la route impériale 7, la future Nationale 7 chantée par Charles Trenet, qui relie Paris à  Avignon : un remarquable exploit réussi semble-t-il en huit jours. Ils arrivent à Avignon le 1er septembre :   ces vélocipédeurs, sportifs accomplis, auraient donc parcouru quotidiennement près de 100 kilomètres.

Une version améliorée du modèle a été conçue en « adaptant une lanterne, une valise, des selles en caoutchouc fort agréables pour une longue route… », comme l’écrit René. Surtout, ajoute-t-il, « mon frère imagina le frein que l’on voit partout employé ».

Le troisième vélocipédeur de l’aventure est leur ami Georges de la Bouglise, étudiant à l’École des mines de Paris, mais il n’ira pas jusqu’à Avignon et s’'arrête à Tullins près de Grenoble.

henri olivier.png

René Olivier

Fils d’un industriel lyonnais directeur de l’usine chimique de l’Oseraie, près d’Avignon, nés en 1840 et en 1843, René et Aimé Olivier sortaient de l’École impériale centrale des arts et manufactures (après que René en ait été exclu comme de la Bouglise pour « comportement turbulent » puis réintégré). En 1868 ils s’associeront à Michaux pour créer la première industrie de cycles au monde, puis prendront le contrôle des ateliers et développeront le vélocipède à corps droit, modèle probablement testé lors du Paris-Avignon. Ils lancèrent la première industrie de cycles au monde mais la guerre de 1870 entraîna la suspension de la production de la Compagnie parisienne des vélocipèdes.

 

Les frères Olivier, précurseurs du sport cycliste, épousèrent les sœurs Pastré, petites-filles du député et maire d’Avignon Eugène Poncet. René Olivier mourut en 1875 dans un accident de voiture à cheval, Aimé  en 1919 après une vie aventureuse durant laquelle il avait conquis le Fouta-Djalon (Guinée), avait participé à la fondation de Conakry et était devenu « Roi de Kahel ».

aimé olivier.png

Aimé Olivier

En 2015 un Anglais, un Américain, un Canadien, un Japonais auteur d’une thèse que l’histoire du vélocipède et trois Français rééditèrent l’exploit des frères Olivier sur des machines d’époque, âgées donc de 150 ans et pesant près de 30 kilos, en 14 étapes, sur un itinéraire parallèle au plus près de l’original.

fig5-ex-voto-768x618.jpg

Ex-voto de 1910

< Anecdote 5                                                                                        Pénitents & processions >