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Petites histoires au sein de la grande Histoire...

Celle d'Avignon est riche en anecdotes, tragiques ou cocasses.

 

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Adiéu paure Caranva !

     Comme pour beaucoup de fêtes religieuses, l'origine du Carnaval est païenne : fin décembre, les Saturnales romaines étaient la fête la plus joyeuse, dédiée au plaisir, à la bienveillance, à la licence, aux cadeaux. Tout le monde mettait ses habits de fête, il était permis de se livrer en  public à des jeux de hasard, les esclaves avaient congé et parfois se faisaient servir par leurs maîtres, chaque famille choisissait un roi d’un jour.

 

Le concile de Trente fixe en 1545 le début des réjouissances du carnaval à l’Épiphanie le six janvier et sa fin au Mardi gras, veille du début du carême et mercredi des cendres. Le mot carnaval lui-même apparaît à la même époque, de l’italien carnelevale signifiant « enlever la viande ». «Carême» vient de quadragésime (premier dimanche de la période de pénitence). Les trois jours gras précédant le jeûne obligatoire du jeudi des Cendres sont nommés carême-prenant ou carême-entrant jusqu'au XIXe siècle
 

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Comme dans la Rome antique, le Carnaval est l'expression de la liberté et du monde à l’envers. On inverse les valeurs des bonnes mœurs, de la hiérarchie, de l'ordre, et du respect pour l’Église, l'aristocratie et les gens d'armes. Il a continué à être une période de licence, de débordements et de liberté exprimée par les masques, les cortèges, les représentations théâtrales, la nourriture et la boisson à profusion. Le fait de se masquer et se déguiser, souvent en confondant les personnalités et les genres - l’homme déguisé en femme et vice-versa, ou bien en animal - sera toujours condamné par l’Église comme un péché.

Et souvent interviennent également les autorités laïques : à Avignon en 1653, le vice-légat Laurent Corsi défend par ordonnance de « porter espées, dagues, bastons ny autres instrumens offensifs ou défensifs en faisant masques » et  « à tous joueurs de violon, tambours, timbres et autres instrumens, de jouer ny accompagnée portans ou faisant porter armes après eux ».

 

En 1820, se référant à un arrêté préfectoral, le maire d’Avignon  « fait inhibition et défense à toute personne des deux sexes de parcourir les rues de cette ville, soit de jour soit de nuit, le visage couvert d’un masque /… / et de se travestir d’aucun habit qui soit contraire aux moeurs et à la décence ».

Mais alors où serait le plaisir ?

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Le pont d'Avignon au Carnaval de Nice

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Le troisième jour des réjouissances, mardi veille de Carême, a lieu un banquet « gras », d’où le terme de «Mardi gras». Les jeunes gens, affublés de vieux oripeaux ou de vêtements de femmes, masqués ou barbouillés de cendres, vont en farandole quêter des œufs, des saucisses et du vin. L’acampado dis iou, la quête des œufs, sert à confectionner le crespèu, une omelette agrémentée de saucisses.

 

L’action principale de la fête, c’est la procession du mannequin de carnaval appelé Caranva ou Caramentran (« Carême entrant ») en Provence. Bouc émissaire personnifié par un épouvantail de paille habillé de chiffons, symbolisant la "mort" de l'hiver mais aussi du mal, accusé de tous les maux, injustices et péchés, il endosse les peurs et les angoisses des participants.

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Bertrand Costumier, rue d'Amphoux

Le Char de la Lune de Miel à Avignon.

La maison Bertrand a fourni les costumes.

A Avignon le lendemain, mercredi des Cendres, a lieu la tournée des Camisards. Les jeunes gens, portant sur leurs vêtements une longue chemise de femme, vont de maison en maison en quêtant des victuailles qui seront consommées le soir en commun. Ce doit être un repas  « maigre », mais si l’on trempe un gigot dans l’eau on peut déclarer «Tout ce qui nage est poisson»… En général on consomme surtout un aïoli, des oreillettes et des crêpes, symboles du soleil par leur forme et leur couleur.

 

Caramantran est alors promené en cortège accompagné de musiques et de danses symboliques : les Fileuses (lei fieloua), la danse des Folies d'Espagne, les Cocos, les Chivau-frus, l'Arlequine

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La "danse espagnole" à Avignon en 1975

Puis on le brûle ou on le fait «péter» sur la Place du Palais, en allumant des explosifs, pour expier ses fautes. C’est «l’espetade», condamnant ainsi le bonhomme Hiver avec des chants d'adieu. La tradition s'est perdue, seuls les enfants des écoles se déguisent encore...

 

A quand le retour de Caramentran pour vaincre l’hiver et les épidémies ?

 

Anan brula lou paure Carnava, tu t'en vas e iéu m'entorne.

Adiéu paure Caranva !

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Bibliographie

 

-Jean Paul CLEBERT, Les fêtes en Provence,  Imp. Aubanel, Avignon 1982.

-roman-sf.over-blog.com/2016/05/caramentran-le-personnage-traditionnel-du-carnaval-provencal.html

-garibondy.over-blog.com/article-carnaval-caramantran-98307794.html

-Chronique et histoire d’Avignon en 365 jours

-Latifa Alioui – Fêtes populaires et institutionnelles en Provence au XVIIème  siècle

Thèse soutenue à l’université d’Avignon en 2010

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