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Par Liliane,  Octobre 2021

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Le Rocher des Doms - 1

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    Le rocher des Doms, qui surplombe le Rhône du haut de 30 mètres de falaise abrupte, fut occupé dès le néolithique. Les fouilles effectuées sous la direction de Sylvain Gagnière révélèrent en 1961 une stèle anthropomorphe de 20 cm : le visage est gravé de manière très stylisée et elle porte une  représentation solaire jamais découverte ailleurs. Ont été également exhumés deux haches polies en roche verte, des objets de parures chalcolithiques (âge du cuivre, vers 3300 avant JC)  et des tessons de poterie. 

Un castrum est édifié à l’époque romaine. La population se réfugie sur le rocher lors de l’incursion des Sarrasins en 737. Au XIe siècle on y trouve la maison du comte, puis celle du vicomte, puis celle de la commune.

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Au XVIIème siècle l’ensemble est appelé Fort Saint-Martin. Il est transformé en poudrière qui, touchée par la foudre un soir d’orage, explose en provoquant d’énormes dégâts au Petit Palais et aux maisons avoisinantes.


D’après un contemporain, M. des Commiers : « Cela fit un tel ravage qu'il semblât que tout le monde brûlât. Quatre soldats italiens qui étaient de garde sentirent plus que les autres cet impitoyable embrasement ; car l'un d'eux fut emporté en l'air tout en feu, et la tête demeura sur place, et les trois autres furent écartelés et mis en pièces et emportés tous trois dans une barque sur le Rhône... Après, il chût sur l'église Sainte-Anne, brûla la couverture, rompit les fenêtres, cassa et brisa les vitres, emporta un prêtre, lequel était couché et le porta bien loin, lui et son lit… De plus le feu cruel passa tout ru à travers ma chambre et porta la porte de ma boutique

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chez M. Robé: ledit foudre cassa quantité de pots et de phioles de verre, bref, tout le monde croyait être perdu... Il n'y eut environ que deux cents personnes tuées, mais s'il fut chu de jour, il y en aurait eu beaucoup davantage».

Il ne reste plus alors sur le Rocher qu’une croix couverte et des moulins à vent.

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Deux carrières de pierre sont exploitées pour la construction de bâtiments et de fours à chaux. Peu à peu, le rocher devient un lieu de promenade d’où l’on peut prendre « le bon air » et admirer la vue sur le fleuve et le fort saint André d’un côté, et le Mont Ventoux de l’autre. En 1754, on construit  des rampes pour faciliter la montée depuis la place du Palais.

En 1791, on y établit un cimetière pour les victimes des inondations. En 1792, les  drapeaux républicains sont bénis au cours d’une grande cérémonie. La très ancienne chapelle sainte Marthe est démolie ; les escaliers qui contournent le palais des Papes en garde le souvenir.

«Le 10 août 1793, l'an II de la République française une et indivisible on a fait dans cette ville la fête de la réunion de la République sur le Rocher des Doms. Il y avait l‘autel de la patrie, il y avait sept régiments de notre légion nationale... Il y avait les deux commissaires appelés Rouvière et Bezièrre et le représentant du peuple appelé Poultier. Il y avait la municipalité et les notables, le district, les juges de paix et le Comité de Salut public. Etant devant la Mère de la patrie, le représentant du peuple a fait un beau discours et nous a fait voir qu‘on voulait sauver le peuple et que dans quelques jours, la patrie ne serait plus en danger. Il nous a annoncé que la Convention Nationale nous avait décrété département.»

Jusqu’en 1816 le rocher devient aussi un lieu d‘exécution : celle du marquis de Lestang, «âme du complot royaliste dans le Midi », mais aussi de voleurs et assassins.  

A partir de 1830, on commence à dresser des plans d’aménagement. Le docteur Paul Pamard, maire de la ville, se rend à Paris  pour rencontrer  M. Alphand, ingénieur en chef des promenades et jardins publics de la ville de Paris, qui approuve les plans dressés par M. Pascal, l’ingénieur et architecte d'Avignon.

 

Un célèbre paysagiste de Paris, Jean-Pierre Barillet Deschamps réalise un "Plan projeté d'un square à établir sur le plateau de la montagne du palais des Papes". Pour cela, il va gommer de façon radicale les caractères anciens du lieu, ce qui provoquera de sévères critiques des Avignonnais redoutant, entre autres, que le mistral  déracine les plantations.

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Plan-projet de 1838

Un des ateliers de charité créés pour remédier à la crise économique de 1831 est affecté aux travaux du rocher : un piqueur y est payé 1 franc par jour, un ouvrier 0,80 F, un enfant de 12 à 15 ans 0,50 F, un enfant de 15 à 18 ans 0,60 F, un maçon 1,50 F. 

 

Des mètres cubes de terre végétale fournie par la vase qui comblait les anciens fossés des remparts entre saint Lazare et Limbert sont apportés, un puits et une pompe à vapeur installés au pied de l’escalier sainte Anne pour l’arrosage à la place des tonneaux utilisés jusque là. En mai 1847, il avait fallu transporter 83 tonneaux de 500 litres d’eau par des charrettes pour hydrater les plantes. Les collections de l'ancien Jardin des Plantes de Monclar vendu à la Compagnie de Chemin de Fer en 1863 sont mises à contribution.

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Fontaine au cygne

réalisée dans les ateliers

de Louis Gasne dans la Meuse.

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Paul Vayson

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Félix Gras

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Paul Saïn

Deux réservoirs alimentent bassins et fontaines, on installe des statues : Paul Saïn et Paul Vayson par Charpentier. Celle de Félix Gras par son fils Jean-Pierre est exécutée en 1905.

 

 La «Vénus aux Hirondelles» de Charpentier déplacée depuis la place Carnot où sa nudité avait tant choqué le voisinage, se retrouve à l’aise au milieu du bassin en compagnie de canards et de cygnes.

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On fait appel à M. Combaz, entrepreneur parisien, pour la réalisation d'une grotte en rocaille destinée à dissimuler l’un des réservoirs, aujourd’hui désaffecté.

En 1847 est inaugurée la statue par Jean-Louis Brian de Hoyhannès Althounian, dit Jean Althen, 1709-1774, agronome arménien réfugié en France, qui développa la culture de la garance et fit, pour un temps, la fortune de la région ; détruite par les troupes allemandes pendant la dernière guerre, elle a été remplacée en 1998 grâce à la contribution d’Avignonnais originaires d‘Arménie.

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Jean Althen

On aménage les voies d'accès : Montée des Moulins, Montée Notre-Dame, Montée des Canons et Escaliers de Sainte-Anne. Le  dernier moulin à vent disparaît en 1840, le télégraphe Chappe élevé vers 1830 est abattu en 1853, le cimetière est transféré.

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Plan du jardin de 1860

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Grilles de l'entrée des jardins

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Escaliers sainte Anne

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Montée Notre-Dame donnant sur le Rhône

Les premiers travaux d'aménagement du jardin s'achèvent en 1866.

 

Le Rocher des Doms, depuis toujours considéré comme un lieu "sauvage", s'est métamorphosé en un jardin public d'une superficie de 29.044m²,  "belvédère charmant, une promenade gracieuse que les voitures mêmes peuvent parcourir avec facilité; des rampes en spirales, bordées de gazons et surmontées d'arbres toujours verts, ont été pratiquées sur les flancs que les piétons peuvent sillonner en tous sens. D'un plateau stérile l'on a créé comme par enchantement un magnifique "parc aérien" selon un journal de l'époque.

Mais ce n'est pas fini...

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