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Place Crillon 

Vierge à l’enfant

1 - Place Crillon

 

 A eu plusieurs appellations : 

 

La place se trouvant à côté du quartier des Fusterie, on l’appela Place du Limas au XIVe et XVIe siècle ; les crues du Rhône rendaient ce quartier souvent trés humide et lima: signifie « endroit boueux ». On y entreposait les matériaux de construction

 

Place de l'Oulle car c’était la porte empruntée par les oléiculteurs qui allaient au moulin du Bourguet des huiliers. Oule signifie huile en provençal et ne devrait porter qu'un seul « I ».

 

La transformation de la Comédie en 1732 à 1734 lui confère ce nouveau nom : Place de la Comédie à cause du nouveau théâtre construit par Thomas Lainée sur le site de l'ancien jeu de paume et utilisé jusqu’en 1824. 

 

Ce n‘est qu'en 1843, que la place reçut le nom de  : Place Crillon depuis 1843, pour honorer Crillon le Brave.

 

Une statue de St Bénézet à genoux s’y trouvait jusqu’en 1766.

 

 

2 - Anciennement de la rue de la Calade à la Porte de l’Oulle -

Aujourd’hui de la rue Folco-de-Baroncelli à Ia porte de l’OuIIe -

 

5 - En 1595, Thomas Platter, en visite dans la ville, va un soir chez Pompée Catalina, général des Troupes pontificales.«L‘hôtel du général, vaste édifice toujours ouvert est traversé par deux allées où chacun peut se promener à volonté. C‘est le général qui commande en chef, au nom du pape et place les gardes aux portes et aux tours de la cité ; il est Italien comme tout son entourage. L'autorité est partagée entre les gens du pape et les premiers citoyens de la ville, dont les privilèges et les fonctions ont conservé la même considération que du temps des anciens comtes.» 

 

«On joue tous les jours aux dés chez le général, dans une grande salle où sont disposées, en effet plusieurs tables de noyer. C‘est continuellement plein de Français et d‘Italiens, exposant jusqu'à minuit, de fortes sommes d'argent : aussi les tables reluisent-elles comme des glaces. Les gagnants payent une certaine redevance aux pages de la maison, pour l'entretien des lumières : c'est un gros revenu dont le général prélève une moitié ; l'autre reste aux pages nobles. Il se perd là, dans l'année, des sommes incalculables, et l’on y voit sans cesse monter de gros sacs d'or et d'argent. Les Français surtout se font remarquer, car une fois passionnés, il ne s'arrêtent plus et jouent jusqu'à leur dernier écu». 

 

Se lançant dans l'industrie des loisirs, Pompée Catilina élargit son hôtel de la place Crillon, l'année suivante, en lui adjoignant un jeu de paume. Le général sera un des fondateurs des Pénitents Noirs de la Miséricorde. Il est enterré dans l'église Saint Agricol. 

 

Louis XIV, se rendant dans les Pyrénées pour épouser l‘infante Marie-Thérèse, s’arrêta en Avignon du 19 mars au 1er avril 1660. «Le Roy joua presque tous les jours à la paume au jeu de paume du Mail, dit un contemporain, et se désséchoit à la maison de M. Casal qu'on avait ouverte du côté du jeu de paume».

 

Place de la Comédie : La salle servait également pour les bals. On verra ainsi en 1736, le nommé Jolibois réclamer 40 sous d’indemnité pour remplacer sa hallebarde cassée dans la presse. Talma viendra jouer ici, mais on a moins conservé les programmes des spectacles que la petite histoire avignonnaise. . Ainsi en 1764, la prétention qu'eut le viguier de faire placer sur le devant de sa loge de la Comédie, un tapis pareil à celui du vice-légat. 

 

Le vice-légat Salviati fera mettre en prison, le 24 septembre 1765, après la comédie, «le sieur Biscarrat, son tailleur et fit enlever ses armes qui étaient sur la porte de cet ouvrier, parce qu'on lui rapportait que le dit Biscarrat avait été un des premiers à crier, ce qui donna lieu à cet impromptu qu'on dit avoir été fait par M. de Forbin, fils aîné : «Chantons l'héroïque valeur Du suppôt de Notre Saint Père Il a désarmé son tailleur Et mis en fuite le parterre».

 

Le meurtre du Maréchal Brune 

 

Aux N° 19-21, l'hôtellerie du Palais Royal . L‘hôtel Royal est surtout resté célèbre à cause du meurtre du maréchal Brune, le 1er août 1815, lors de la Terreur Blanche. L'épisode est conté par Marc de Vissac : «La nouvelle de l‘arrivée de Brune s'est répandue comme une traînée de poudre ; on a battu la générale ; une populace sortie des égouts s'est élancée à la poursuite de sa proie et force la voiture à rétrograder. Son retour est accueilli par 4 000 cris de mort. 

 

M. de Saint-Chamond s'élance vers le maréchal et le pousse à l'intérieur de l'hôtel. On le fait monter dans la chambre N° 3, sur le derrière de l'hôtel, tandis que ses aides de camp sont enfermés dans une salle basse. 

 

Sur la place viennent se ranger un bataillon de garde nationale commandé par le marquis de Cambis, ainsi qu'une compagnie du Royal Angoulême, sous les ordres du commandant Hughes. Mais toutes ces Troupes sont sympathiques à la multitude avec laquelle elles fraternisent. Quand la gendarmerie apparaît à son tour, elle soulève un tonnerre d'imprécations et le major Lambot lui ordonne de se retirer. 

 

M. Puy, le vénérable maire d’Avignon, revêtu de ses insignes, multiplie pour arracher la victime à ses bourreaux et pour épargner à sa ville une souillure ineffaçable. De bons citoyens se dévouent pour éviter I'effusion du sang. Lambot lui-même agite au-dessus de sa tête le sauf-conduit délivré au maréchal. 

 

 

Malheureusement, le flot populaire ne peut plus être comprimé : la voie des autorités reste méconnue. Le drame touche à son dénouement. Vient de retentir le fameux Zou.Zou. plus terrible que le mistral fouaillant le Rhône. Un gros de bandits dirigé par Farges et Roquefort, vient d'escalader l'hôtel, indiquant par des gestes grossiers que l'on va faire passer a la victime le goût du pain. La chambre où écrit le maréchal est envahie, Forge tire sur lui a bout portant un coup de pistolet et le manque. Roquefort vise a son tour et Brune tombe foudroyé, frappé d'une balle qui l'a atteint à la nuque et est ressortie par la poitrine. 

 

Il était deux heures de l‘après-midi ; l‘agonie durait depuis quatre heures. Le corps placé sur une civière, est dirigé vers l'hôpital, par ordre de M. Puy, en attendant que l'on puisse procéder aux funérailles. Horreur, la mort n'avait pas rassasié les cannibales. Les porteurs sont poussés vers le pont de chevalets qui relie Avignon à  Villeneuve, en face la porte de ‘l'Oulle. Le cadavre est traîné jusqu'à la treizième arche, balancé sur le parapet et précipité dans le Rhône. 

 

Durant tout l'après-midi, des femmes demi-nues farandolèrent sur le pont où une main inconnue avait écrit ces mots : Ici est le cimetière du maréchal Brune. 

 

Cela n'empêcha pas le roi d'Espagne Charles IV de descendre dans cet hôtel en 1808.

 

6 - Il faut regarder le fronton du théâtre de la comédie qui « fait rayonner la gloire du Roi Soleil » (Fernand Benoît, Avignon, p. 144). Avant la construction de la comédie de la place Crillon, les pièces de théâtre étaient jouées dans un jeu de paume situé rue Bouquerie, dans la maison de Mignard. Molière et sa troupe y ont joué deux fois. Ce jeu de paume s'effondra en 1732 et c’est quelque temps après qu'on reconstruisit un jeu de paume sur la place de la Comédie. L’inscription « place de la Comédie » est restée gravée dans le mur de la comédie.

 

Le théâtre de la Comédie fut construit de 1732 ‘a 1734 sur les plans de Thomas Lainée. On y voit une tête d’Apollon couronnée de rayons solaires. L’un des premiers directeurs du théâtre fut Fabre d’ Eglantine.

Aux N°19 et 21, se trouve l’hôtel du Palais Royal qui hébergea Bonaparte lors de son retour de la campagne d’Egypte. Une plaque rappelle que le maréchal Brune fut assassiné dans cet hôtel particulier pendant la Terreur blanche en 1815. Stendhal y séjourna en 1837. La porte de l’0ulle reconstruite en 1796 fut définitivement détruite en 1900. De nos jours, elle n’est plus qu’une brèche.

 

La Place de la Comédie 

L'établissement devait perdurer jusqu‘en 1732, La bonne société d’Avignon créa alors une société par actions pour acquérir le local et en faire un véritable théâtre. La liste des actionnaires donne tous les grands noms de la noblesse de la cité : La Baume Suze, Seytres de Caumont, Seytres de Vaucluse, le duc de Crillon, de Baroncelli de Jovon, Brancas de Rochefort, Suarès d‘Aulan, la marquise d‘Ampus, Villardy de Quinson, Fortin d‘Urban, Blanc de Brantes, Armand de Chateauvieux, Pielet du Buisson, Puget de Barbentane, Ribère de Costebelle, Monyer de Trilly, le marquis Bufalini, Silvacane de Camaret, de Laurens, Villeneuve Martignan, de Roux, Pays de Chambrand de Saint-Andiol, Massilian de Beauchamp, de Pertuis, d'Eymonier, de Porrely, Robert d‘Aqueria, de Garcin, du Bois, le comte d‘Inverne et le fameux duc d'Ormond qui écrivait : «pour rendre la ville plus agréable, j’ai contribué à faire bâtir une salle pour les spectacles qui est assurément la plus jolie de France. Cela excite les troupes de campagne à venir et nous avons comédie pendant plus de six mois de l'année». 

 

Il est certain que l'atmosphère du lieu avait changé. Alors qu’en 1723, pendant une maladie contagieuse du bétail, on avait mis ici à l’abri des moutons destinés à la boucherie, voici qu'éclatent le vert campa, la brèche violette, le blanc veiné de marbres polychrome feints. Aux premières loges, des trophées de musique en comaïeu bleu ; aux secondes, des décors mosaïques d'or et des masques souriants répondent au plafond peint suivant le plan de l‘architecte Thomas Lainée. Les travaux coûtent plus chers que prévu, et on agrandit très vite la société en faisant appel aux Galéan des Issarts, de Calvière, Limojon de Saint Didier, Pommerol de Grandis, de Serre de la Marine, de Serre d'Entraygues, de Tonduty de Blauvac, de Benoit, de Péllissier, d'Hughes. 

 

Le 3 septembre suivant, les possesseurs de la salle de spectacles, faisaient mettre bas le théâtre de leur salle, sous prétexte qu'il y avait certaines planches pourries. Cette petite fronde n‘eut pas de suite immédiate. Vingt ans plus tard, on refera l'intérieur de la salle sur les plans de Bondon qui imagine toute une décoration en trompe l'oeil : rinceaux à l'antique en grisaille, l‘intérieur des loges est en bleu clair, les quatre colonnes de l'avant scène sont en blanc veiné. Ainsi la salle pouvait-elle accueillir 380 personnes, ce qu'elle fit jusqu'à la construction du premier théâtre de la place de l‘Horloge en 1825. Il ne reste de la Comédie qu'une façade rythmée par des pilastres à chapiteaux ioniques, une balustre couronnée de pots à feu et dans le fronton, un Apollon radié entouré d'instruments de musique. 

 

Au N° 12 se trouve l'Hôtel d'Europe. En 1419, le médecin du dauphin Charles, fils de Charles VI, est au pont de Montereau, lorsque son patient est pris d'une crise de folie. Pris d'une crise de prudence, Jean Cadart se retire en Avignon avec sa fortune. Deux ans plus tard, il épouse Jeanne de Moulins et achète une maison qui existe encore, rue Saint-Etienne et dont le jardin arrive jusqu'à la place Crillon d‘aujourd'hui. Les alliances successives font passer l'ensemble aux Ancezune-Cadart, aux Crozet-Buisson, aux Autric de Vintimille, aux Boutin de Valouse, aux La Forestié, qui le vendent en 1778 à Clément de Graveson. C‘est lui qui fait construire le bâtiment actuel terminé avant 1799, date de la vente à Catherine Alix Bongard qui aménage alors l'hôtel d'Europe. 

 

Bien des hôtes illustres sont passés entre ces murs. Rappelons le souvenir de Victor Hugo et de Juliette Drouet en 1839 ; de Massenet qui en 1894 «avait loué six pièces contiguës pour écarter les voisins importuns au cours de son travail de composition. Ces six pièces suffisaient à peine pour recueillir les brassées de fleurs que ses admirateurs et ses admiratrices lui adressaient chaque matin. Et c'est avec la complicité du parfum de ces fleurs que s'acheva la rude «Novarraise». 

 

Au N° 15 le café de la Comédie céda la place au café du Globe. Il y avait devant la façade, un orme gigantesque planté en 1663, «dans les branches duquel le limonadier avait fait installer au commencement du XIXe siècle une minuscule salle de consommation à laquelle on accédait par un petit escalier en bois. L‘arme, d'une circonférence de 4,18 m, fut coupé en 1895. 

 

A côté se trouvait le bureau des diligences et la poste aux chevaux. 

 

Aux N° 19-21, l'hôtellerie du Palais Royal a remplacé au début du XVIIIe siècle l‘ancienne enseigne «A la Ville d’Arles». Le 8 mai 1798 (19 floréal an VI), à six heures du matin, est arrivé le général Bonaparte à l'hôtel National (changement de régime oblige) avec quatre voitures, trois carrosses et un cabriolet, «tous ses postillons, tous ses domestiques, et ses cuisiniers, son aide de camp, son homme d’affaires, son épouse et d'autres personnes, raconte le taffetassier Goulet dans son journal ; ils étaient au nombre à peu près de cinquante personnes. Le général était déguisé, de même que son épouse ; il avait un habit pêche avec de gros boutons d'acier et tête nue ; son épouse était coiffée en cheveux avec un chapeau de paille et un voile noir et une robe commune. Sitôt arrivé, ses cuisiniers ont travaillé à lui préparer à dîner. A 9 heures, la municipalité et les membres du département avec la musique ont été lui rendre visite, à 9 heures et demie, tout le corps d'officiers des bataillons qui sont ici, ont été faire leur compliment, et à 10 heures il est parti avec sa suite». 

 

Bonaparte qui allait prendre le commandement de l'armée d’Egypte et s'embarquer à Toulon reviendra dans cet hôtel le 11 octobre 1799.

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