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Place des Corps-Saints 

Vierge à l’enfant

1 - Place des Corps-Saints 

A l’origine, cette rue, qui existait au Moyen Âge, était la place du Corps-Saint ou du Corps-du Saint.

Son nom vient des reliques de Pierre de Luxembourg décédé le 2 juillet 1387 à l’âge de 19 ans, après une longue pénitence pendant laquelle il cessa de s’alimenter, et inhumé à l’emplacement du couvent des Célestins dont l’église date de 1396. Au Moyen Âge, il y avait hors les murs, un petit cimetière. Le bienheureux Pierre de Luxembourg désira s’y faire enterrer par souci d’humilité, dans le cimetière de Saint-Michel, appelé le cimetière des Pauvres, qui longeait la Sorgue.

 

En 1843, on remarqua que les restes de Saint-Bénézet ayant été transportés et inhumé dans le même monastère le 26 mars 1674, c’eût été Place des Corps-Saints qu’il eût fallu dire, et l’on s’empressa de rectifier ce nom, lorsque depuis trop longtemps le vent des révolutions avait également dispersé les reliques de Saint-Pierre de Luxembourg et celle de Saint-Bénézet.

 

2 - Anciennement de la rue des Trois Faucons à la rue Saint-Michel -

Aujourd’hui de la rue des Trois-Faucons à la rue De-Lattre-deTassigny -

 

4 - 5 - 6 - Au numéro 40 une petite façade est délicieuse à regarder. C‘est une maison de la fin du XVIIIe qui allie au charme de la place toute l'élégance du style Louis XVI. Elle a appartenu à une fille du peintre Lesbros qui y entreposait des centaines de peinture de son père. 

 

En face, l'épicerie Ferragut a animé toute la seconde moitié du XXe siècle. Elle était tenue par deux frères, Mathieu et Louis, dit Lolo. Il était champion de France de tir à l'arquebuse. Cette vocation lui était venue en faisant l’acquisition d'un lot de silex taillés récupéré d'un baril de pierres tombé dans une rivière. 

 

Le numéro 38 appartenait au menuisier Brunet qui lors de la bagarre du 10 juin 1790, tua deux hommes. Il sera guillotiné, place de l'Horloge le 13 brumaire de l'an II (le 3 novembre 1793). Sur cette place, le dimanche 14 octobre 1792, on planta un arbre de la Liberté. «Les filles du Corps Saints et celles du Limas s'étaient fait couper les cheveux à la Jacobine et portaient le bonnet de la Nation sur leurs têtes».

 

4 - Pierre de Luxembourg fut nommé cardinal très jeune par le pape Clément VII, qui était son oncle, pendant la période du Grand Schisme.

 

Après son enterrement, des miracles se produisirent sur sa tombe et l’on venait de loin pour y prier. C’est Clément VII qui monta la canonisation de Pierre de Luxembourg comme une opération médiatique.

 

Marie de Blois, alertée par ces nombreux pèlerinages, vint y construire une chapelle en bois. puis une église sur la tombe du saint. 

 

Elle était somptueuse et fut consacrée en 1402. Elle reçut la dépouille du pape et devint par la suite, un véritable musée d‘art. En 1674, on y plaça les reliques de St Bénézet mais le monastère fut dévasté lors de la Révolution. Il reste les vestiges imposants du cloître des Célestins. Les gisants de Pierre de Luxembourg et de Clément VII sont au musée Lapidaire et “le Portement de croix” dans l’église St-Didier. Le portail du cloître est du XVII“.

Grâce à la générosité du roi de France qui prit la fondation sous sa protection (c‘est pour cela que se trouvent les lys de France au-dessus des portes XVIIe élevées par La Valfenière).

 

Une traverse cachée permet de gagner le square Agricol Perdiguier. A l’angle de la rue de la Bourse, une belle statuette représente St Bénézet sur une barque tenant la maquette du pont dans ses bras. La sculpture due à Frédéric Dehoux date de 1994.

 

5 - À l’entrée de la place des Corps-Saints était la porte de l’ancienne enceinte de 1226, dite du Pont-rompu (Pontis fracti), et quelquefois de Rome. Tout près de là, existait, avant 1210, un hôpital qui tenait de ce voisinage le nom d’Hôpital de la Bienheureuse Marie du Pont Rompu.

 

Le pont qui faisait communiquer la rue des Trois Faucons avec la place des Corps-Saints, était très étroite ; la ville le fit élargir en 1738, en y ajoutant tout l’espace qu’occupait sur la Sorgue la maison d’un nommé Blanc, qu’elle avait acquise à cet effet.

 

Le parc des Célestins était séparé des bâtiments de leur monastère par une rue qui, de

la place des Corps-Saints, allait aboutir en face de la tour des Arbalétriers. 

 

Les moines, qui ne pouvaient aller s’y promener qu’en passant par un arceau, tentèrent souvent d’usurper cette partie de la voie publique. Ils crurent y avoir réussi en 1689, lorsque, profitant des premiers moments de la prise de possession d’Avignon par le roi de France, ils surprirent au premier président du Parlement de Provence une ordonnance qui les autorisaient à la fermer. Mais, sur les réclamations qui furent faites, ils durent la rouvrir le 12 mars 1699, et de cet incident, cette voie publique conserva le nom de rue Courte-Joie.

 

La rue Courte-Joie disparut définitivement lorsque les nécessités de la guerre mirent l’administration centrale du Département dans l’obligation de réunir, par son arrêté du 5 Thermidor an II, le couvent des Célestins à l’hôpital militaire, auquel étaient déjà affectés les bâtiments de l’ancien monastère des Dames de Saint-Louis.

 

Cette tranquille vie de la place ne doit pas faire oublier les tumultes qui s'y déroulèrent. Ainsi le 15 février 1763, jour du Mardi Gras, on vit passer sur la place l'effigie du Grand Turc, ses vizirs, le muphti, six esclaves le visage peint en noir avec des colliers de chien en argent et des manchons de plumes rouges et vertes qui leur servaient de turbans. «Quand cet espèce d'empire ambulant fut arrivé aux Corps Saints où l‘on fit halte, les esclaves descendirent les premiers.Ils étendirent au milieu de la place un très beau tapis de Turquie et firent écarter le monde pour que leur maître qui descendit, put venir s‘y asseoir et prendre le café que les vizirs lui servirent d’une manière assez singulière, tandis que le reste de sa cour était droit devant et derrière lui. Il fuma quelques bouchées de tabac et continua de garder une longue et belle pipe tout le temps de la marche, étant remonté sur le chariot par le chemin du cours Saint Michel. Il était précédé par quatre pierrots et deux autres en habit de théâtre d’un autre goût, montés tous six sur des mulets, jouant du galoubet et du tambourin». 

 

Mais tous les jours ne se prêtaient pas à la mascarade. En juin 1654, le vice-légat Francioti fit donner l‘estrapade à un artisans savetier de la place car il avait arboré sur sa boutique les armes de M. de Crillon, chef du parti populaire, avec cette devise «Vox populi, vox Dei». Les gens des Corps Saints ont toujours eu la tête dure. Le 12 août 1758 «sur les 11 heures, on fit passer par la ville M. Jean, demeurant aux Corps Saints, boulanger, le vice-légat lui ayant trouvé deux jours auparavant dans sa paitrière (pétrin), de la chaux, ou d'une espèce de pierre bien blanche. On dit qu'en la mettant dans l'eau destinée à pétrir le pain, il est beaucoup plus blanc, et d'autres, qu'il est plus pesant. On l'avait lié, les mains, le corps et pendant à son cou deux pierres de chaux. Les sergents le conduisaient et six cavaliers de la maréchaussée à cheval, trois par devant et trois par derrière. Son compagnon venait ensuite sans être lié. C‘est un nommé Talagrand. Son apprenti, on le mit dehors des prisons sans lui rien faire. Le compagnon a été banni aujourd'hui de la ville pour cinq ans. M. Jean a été amendé de 1.000 livres et dix ans sans pouvoir faire le métier de boulanger».

 

6 - L’ancienne rue du Portail Saint Michel avait sur son flanc occidental le cimetière des pauvres. 

En 1369, le camérier de Clément VII, Raoul d’Ailly, fit construire près de la chapelle Saint Michel aujourd'hui disparue, la chapelle de tous les Saints qui a été retrouvée en 1975, dissimulée derrière des façades de magasins. Entre cette chapelle et le transept nord de l'église des Célestins, le pape Martin V fit construire l'église à la gloire du bienheureux Pierre de Luxembourg qui a été transformé depuis longtemps en locaux administratifs. 

 

Un grand ex-voto déposé au musée Calvet montre les aménagements essentiels faits au XVIIe siècle pour transformer l‘édifice du XVe siècle en une luxueuse demeure d'éternité. L'ensemble fut réalisé sous la direction de l'architecte François de la Valfenière qui y fut enseveli en 1667. 

 

L'église des Célestins 

De nombreux cardinaux, dont Amédée de Soluces et Jean de Brogny, les ducs de Berry, de Bourgogne et d’Orléans, Jean de Luxembourg, Louis de Montjoie, maréchal de la Cour et de bien d‘autres, une grande église fut construite avec munificence. Elle ne fut jamais terminée ; si son chevet qui donne sur la rue Saint Michel est grandiose, la façade qui donne sur la place reste inachevée, puisqu'il manque trois travées à cette gigantesque construction qui devait avoir une nef de sept travées.

 

A l'autre extrémité, la chapelle de tous les Saints se caractérise par ses contreforts d'angle qui sont placés en biais au lieu d'être dans l'alignement de la façade. Entre cette chapelle et l'église des Célestins, on construisit au début du XVe siècle, pour remplacer l’édifice en bois élevé au-dessus de la tombe du saint, une chapelle monumentale qui sera au XVIIe siècle décorée par La Valfenière. Cet édifice est éclairé au nord, au-dessus de la chapelle de tous les Saints, confondue aujourd'hui avec celle de Saint-Michel, par une grande rosace. 

 

Le corps du pape Clément VII attendait à Notre Dame des Doms pour être enseveli aux Célestins. Le 18 septembre 1401, il y sera transporté accompagné de 400 Torches et placé dans le tombeau élevé par l'architecte Perrin Morel. De nombreuses fondations viendront s'y ajouter dues au duc de Milan Jean-Galéas Visconti, Nicolas Rollin, chancelier de Bourgogne, François de Conzié, légat. De tout ceci, il ne reste que des clés de voûte armoriées et l'étonnante série des sculptures de la voûte de l'abside autour d'un Christ en gloire. Dans la nef latérale sud, Jean Péru montera en 1690 le monument destiné à abriter les reliques de Saint Bénézet, sorties de son pont désormais ruiné. C‘est pour cela que le lieu appelé dès 1394 «lo Cors Sant», devint la place des Corps Saints, puisque abritant les deux grands sanctifiés de la ville d'Avignon. 

 

L'ensemble monumental a bien souffert depuis la Révolution. Les orgues des Célestins sont aujourd‘hui dans l'église de Roquemaure. Les reliques des Saints sont à Saint Didier ainsi que le grand autel de marbre polychrome, des statues et le retable de Francesco Laurana. Les vestiges du tombeau de Clément VII sont au Musée du Petit Palais. Plusieurs des bâtiments conventuels ont été détruits ou transformés au siècle dernier, ils ont alors été occupés par l'hôpital des Invalides, succursale de celui de Paris. Seul reste intact le cloître qui a été récupéré par la ville. Il y a quelques années, deux superbes angelots figuraient encore Sur les vestiges du monument de saint Bénézet. Ils ont été volés, un été de festival. 

 

La seconde partie de la place des Corps Saints s'organise autour de la fontaine en fonte dont la vasque laisse retomber un rideau de pluie sur quatre cygnes ; un triton tenant une conque marine et jouant avec une tortue, jette son jet d'eau dans le bassin. Quatre vieux platanes fournissent l'ombre aux terrasses des cafés. 

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