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Place Saint-Didier

Vierge à l’enfant

1 - Place Saint-Didier 

 

Elle doit son nom à l’église paroissiale qui la borde au nord. Avant 1790 la majeure partie de cette place servait de cimetière: au milieu de ce cimetière était une croix, et sur cette croix, un coq qui, suivant une tradition populaire, devait par son chant, annoncer la fin du monde. 

Avant le XIVe siècle, Saint-Didier était comme nos autres églises paroissiales, un simple prieuré. En 1358, le Cardinal Bertrand de Deaulx, archevêque d’Embrun, ayant fait rebâtir cette église, y fonda un Chapitre, et ce fut la troisième collégiale d’Avignon.

 

 

Le 21 mars 1697, le conseil tenta de faire ce qui ne fut accompli qu’en 1790: il délibéra d’acheter le cimetière de Saint-Didier pour agrandir la place. Innocent XII venait alors d’abandonner aux pauvres de la ville les revenus du Grand Sceau; il fut décidé par acclamation que cette nouvelle place prendrait de ce Souverain Pontife le nom de Pignatelli. 

 

5 - Nous ne connaissons pas les motifs qui firent renoncer à ce projet. La place Saint-Didier était, concurremment avec celle du palais, le lieu ordinaire des exécutions. 

 

Un contemporain raconte que «le samedi 28 mai 1672, « 1er juin 1672. S’étant fait un vol considérable dans cette ville, il y a quelques mois, on en découvrit les auteurs, qui étaient un nommé d’Yvoire, habitant d’Avignon, et deux de ses sœurs. Deux autres frères nommés Sarrepuy, aussi d’Avignon, et un nommé Dufort, étranger, furent leurs complices. 

 

Après les avoir tous saisis et emprisonnés, excepté les Sarrepuy, lesquels on ne put attraper, et leur avoir dressé leur procès, confés et convaincus de ce vol et de plusieurs autres crimes, le Dufort fut condamné à être pendu et étranglé, et le 29 du passé, il fut conduit, à l’accoutumée, au lieu de son supplice, à la place Saint-Didier, où étant arrivé et monté sur la potence, le bourreau qui devait l’exécuter, n’ayant encore jamais pendu personne dans Avignon et ne sachant pas son métier ni ce qu’il faisait; au lieu de précipiter de l’échelle le patient suspendu en l’air par la corde, il lui monta sur les épaules, tandis que ledit patient était encore sur l’échelle, et lui serrant de toute sa force la corde au col, voulait l’étrangler là-même sans le jeter et sans le secouer. Mais voyant qu’il ne pouvait pas réussir pour le faire mourir sitôt qu’il fallait, et qu’il n’avait pas su disposer ni attacher ses cordes à propos, il lui donnait de grands coups de genou et du pied dans le cœur et dans les reins, et le faisait ainsi souffrir d’une manière tout à fait pitoyable. 

 

Ce que voyant, plusieurs étrangers et autres personnes qui étaient présentes en grand nombre à ce spectacle, se mirent à crier à l’exécuteur d’avoir compassion de ce misérable et de ne le faire pas longtemps souffrir. Mais cela ne fit aucun effet, car il continua de le tourmenter de la même manière, en sorte que ce pauvre patient se débattait incessamment et remuait de tout son corps sur l’échelle et sous cet infâme. Enfin cela ayant duré quelque temps, quelques- uns d’entre ce peuple, touchés de compassion pour ledit malheureux, et animés contre le bourreau, se mirent à lui jeter des pierres. Ce que voyant et appréhendant quelque blessure, il se laissa tomber de l’échelle en bas, et donna de la tête en tombant d’où il est mort. Mgr le Vice-Légat, ayant été averti de ce désordre, sortit de son Palais et s’en alla à la place de l’exécution. Nous (les Consuls) nous rendîrent en diligence près de sa personne, et S. Ex. étant arrivé à ladite place, trouva tout le monde fort soumis qui jetait des larmes de compassion, d’avoir vu souffrir d’une manière si étrange ce pauvre patient. Cependant on avait déjà pour lors emporté le cadavre du bourreau mort. Et peu avant l’arrivée de S. Ex. en cette place, ce monde s’étant aperçu que ce pauvre patient remuait encore à la corde, l’un d’entre eux qu’on ne connaît pas et qu’on dit être un étranger, coupa la corde, et l’on porta ce misérable dans la petite église de Saint-Antoine, là tout proche, où ayant encore donné des marques de vie et l’ayant fait savoir à S. Ex., elle ordonna à M. le Marquis de Crillon, premier Consul, de lui faire envoyer des médecins et des chirurgiens, de lui faire tous les remèdes qu’on pourrait pour le remettre, et que, s’il en échappait, elle lui donnait grâce. On obéit à cet ordre, et ce fut avec succés. Le patient continua de respirer, et s’étant tant soit peu remis, on le porta à l’hôpital par le même ordre. Il y demeura vingt quatre heures fort mal et sans pouvoir recouvrer la connaissance ni aucun de ses sens. Après ce temps-là, il est revenu, et se porte assez bien présentement. Le lendemain de cette exécution, on eut un autre bourreau par lequel Son Excellence fit donner le fouet par la ville à la sœur ainée dudit d’Yvoire, et le jour suivant, à sa femme et à sa sœur cadette, toutes complices du même vol…»

 

 

 

 

Noble Antoine de Comis, dit de Portes, viguier d’Avignon, étant mort en 1494, institua la ville pour son héritière universelle. Entre autres legs, il fonda, dans l’église de Saint-Didier et à la chapelle du Saint-Ange Gardien, une messe quotidienne. La ville fit ensevelir son bienfaiteur dans cette chapelle, et lui fit dresser un tombeau qu’on voit encore, dont le coût s’éleva seulement à q450 florins. Mais comme le défunt avait supputé dans ses dispositions que ce monument en pourrait coûter cinq cents, le Conseil, pris d’un très honorable scrupule, délibéra, le 2 novembre 1496, de faire décorer ce tombeau d’une peinture, et de traiter à cet effet avec un bon peintre qui offrait de s’en acquitter moyennant trente écus. Nous prions M. le Curé de Saint-Didier, dont l’amour éclairé pour les arts ne saurait être révoqué en doute, de vouloir bien, à la première occasion, faire vérifier si quelques restes de cette peinture ne subsisteraient pas derrière le malencontreux confessionnal qu’on a enchâssé dans le tombeau d’Antoine de Comis.

 

Le 27 janvier 1676, Pierre d’Arreyrolles, marchand de soie d’Avignon, fonda dans cette même église un prédicateur pour l’Avent et le Carême. Ce prédicateur, moyennant la rente de la fondation, qui était de 150 francs, devait prêcher tous les jours, depuis le premier dimanche de l’Avent jusqu’à la fête des Innocents, et depuis le jour des Cendres jusqu’à la troisième fête de Paques. Il devait être alternativement désigné par les Consuls de la ville et par le Chapitre de la paroisse.

Le 27 mars 1791, le Vicaire Général Malière instituait pour curé de Saint-Didier un prêtre du nom de Meynet, qui fut ensuite bibliothécaire et conservateur du Museum de la ville. Il lui donna pour vicaire un ex-Dominicain nommé François-Balthazar Poulet. Meynet, qu’on a vu dans une cérémonie publique escortant la Déesse de la Liberté, se fit incarcérer au mois de Germinal an II pour avoir dit qu’il sanctifierait toujours le jour du Dimanche, et non de Décadi et c’est un dimanche à huit heures du matin, pendant qu’il travaillait gratuitement et par zèle pour la chose publique, dans les bureaux de l’administration du district, qu’il fut arrêté. Le 27 Germinal an II, un arrêté de l’administration du district d’Avignon adopta la pétition de la Société Populaire, tendant à obtenir que cette église servit désormais de temple à la Raison. On y fit, du 7 Messidor au 14 Fructidor de la même année, divers travaux d’appropriation pour la réclusion des suspects. Le 2 nivôse an III, elle fut mise à la disposition du garde magasin des fourrages. Le 14 messidor an V, l’administration centrale du Département ordonnait la translation des fourrages dans l’église des Jésuites, afin de mettre celle de Saint-Didier à la disposition des citoyens qui devaient la rendre au culte. L’ancien hôtel en marbres des Célestins avec toutes ses dépendances, avait déjà été confié, à titre de prêt au sieur Canonge, un des paroissiens.

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